Ouvrage publié
par DUNOD

L'AUTEUR

Pierre Fayard
Pierre Fayard est professeur à l'Université de Poitiers, détaché comme Conseiller Culturel et de Coopération à l'Ambassade de France au Pérou.

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01 juin 2011

Commentaires

"L’important n’est pas tant de penser que d’agir pour concrétiser sur le terrain. On ne discute pas de la valeur de la connaissance de l’entreprise, si elle est bonne ou mauvaise. On la met en œuvre et c’est à partir de là qu’on l’éprouve."
Je dois avouer que la première phrase me laisse perplexe. Dans l'Art de la Guerre, il est écrit : "Récompensez aussi bien ceux qui ont pensés les plans que ceux qui les ont mener à bien." Vôtre phrase est donc maladroite, bien qu'en adéquation avec le "bon sens" français et les expressions françaises. Nonobstant, les deux phrases suivantes suffisent à éclaircir ce point, et je comprends donc bien ce que vous voulez dire.


"L’environnement n’attend jamais que l’on soit prêt. Les entreprises qui ne s’harmonisent pas avec les conditions du marché disparaissent."
Oui, en marketing on parle de veiller sur le marché, sur son évolution. Connaître la situation, la façon dont elle évolue et à évoluée permet d'anticiper comment elle évoluera. C'est l'une des raisons pour lesquelles il est dit que "La Stratégie est la partie divine de l'Art de la Guerre."


"Or, celle qui est centrale est la satisfaction des clients à qui nous vendons des balles et pas de fusil. Un fusil n’est vendu qu’une fois alors que les munitions sont toujours nécessaires."
Je pense que c'est une très bonne comparaison.


"L’apprentissage par l’analyse de l’erreur est excellent et c’est ainsi que le carnet évolue et s’améliore d’année en année. Lorsqu’il contient des erreurs, le président et les employés s’attachent à les corriger."
Je dois avouer qu'il s'agit d'une bonne attitude. Cependant, il faut encore savoir repérer les erreurs en question. Corriger les erreurs est une chose. Mais les identifier sans confusions ou exagération, et fermement de sorte à ce que cela donne naissance à de graves dérives, tout cela en est une autre.
Cao Cao Mengde disait dans ses commentaires sur Sun-zi : "Récompenser le mérite ne doit pas attendre une seule journée." Cette attitude peut certes être excessive en fonction de la situation (car une grande récompense, même si elle est justifiée, peut provoquer à la fois l'ambition excessive et le relâchement, si elle arrive trop tôt, mais ne peut aussi rencontrer rien d'autre que l'amertume si elle arrive trop tard) mais cette méthode a davantage de mérites sur le plan des rapports humains, du moins cela est mon opinion.


"Les employés affichent des mémos (ba of chi) regroupés par critères de proximité thématique et des discussions s’établissent à partir d’eux pour décider des suites à donner et des processus à améliorer."
On reconnaît bien là la gestion méthodique des affaires, imposée par la discipline militaire. Le méthodisme est très efficace, mais elle devient parfois une excuse pour les gens qui manquent de sensibilité, de talent ou d'imagination, voire des trois à la fois.


"A la différence de l’araignée qui attend sa proie après avoir tissé sa toile, les abeilles vont chercher le pollen en s’informant les unes les autres sur les destinations et les chemins à suivre."
Ainsi que sur d'éventuels dangers. L'exemple des abeilles est à juste titre admiré par Napoléon 1er.


"A Musashino, le patron communique son admiration à un employé lorsque celui-ci a réalisé quelque chose de remarquable qui contribue à l’intérêt de la société."
C'est une bonne chose, en adéquation avec les préceptes de Cao Cao. Cependant, il faut aussi prendre garde aux dérives que cela peut engendrer, notamment un phénomène de Cour. Autrefois, en Chine, la littérature et la philosophie était au coeur de l'enseignement scolaire et universitaire. Aussi, les gens instruits savaient s'exprimer avec aisance et raffinement, sans être guindés ou frivoles pour autant.
Ainsi donc, pour ne prendre que des exemples fameux, Liu Bei Xuande dit de Zhou Yu Zilong : "Il est d'une valeur inouïe" en gage d'admiration pour ses exploits militaires et sa quasi-invincibilité. Et l'Empereur Xie de la Dynastie Han dit de Guan Yu Yunchang qu'il était : "le Seigneur à la Belle Barbe" pour le complimenter, car sa barbe était effectivement magnifique. De même, Wang Fei-Hong fût déclaré unanimement par son voisinage de quartier "Homme de Vertu", pour sa grande intégrité, sa bienveillance sincère et sa maîtrise des arts martiaux sans recherche de la violence (il manifesta à de nombreuses reprises sa bonne volonté en coopérant avec les officiels, malgré que son école d'arts martiaux soit assez grande et puissante pour être qualifiée de milice privée). On pourrait aussi cité Zhuge Liang Kongming, surnommé le "Dragon Endormi", et son camarade d'études, le grand Pang Tong Shiyuan était surnommé "le Jeune Phénix", deux surnoms taoïstes attribués par Pang Degong, l'oncle de Shiyuan.
Cependant, dans les exemples cités, ce genre de déclarations avec pompe, destinées à apporter de la gloire, de la notoriété à ceux qui le recevaient, étaient souvent des manifestations d'admirations spontanées, avec un calcul minimes, puisque le seul intérêt n'était pas de satisfaire l'égo d'un homme mais de récompenser par la reconnaissance les mérites d'un homme. Lorsque parfois cela devient un simple faire valoir dans une course à la distinction et à la compétition, c'est très avilissant. On comprend de ce fait pourquoi les anciennes écoles d'arts martiaux interdisaient la compétition entre elles, et pourquoi certaines, et d'autres, notamment le Yagyu Shingan-ryû, sont si secrètes.
Après, quant à savoir si dans le cas de Musashino ils en sont déjà là... Après tout ce sont des marchands. Je n'ais donc aucune certitude que ça ne soit pas le cas, bien que les japonais se comportent de façon plus digne que les français en général.

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