Le vide est conquérant !

Le vide est conquérant !
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Les conseils de Sun Tzu :
L’eau ne discute pas des conditions du relief !
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ou Comment gagner en situation défavorable, en développant une influence.
Exposé de la manoeuvre appliquée par l'amiral Jean de Menerbellec [1].
Selon Liddel Hart, auquel fit largement référence Winston Elegancy lors de la conférence d’ouverture du Tournoi, la Manoeuvre de Médine illustra magistralement la spécificité d’une stratégie où la force physique joua le plus petit rôle, et l’intelligence le plus grand. On y évita systématiquement l’opposition frontale au profit de l’action symbolique, de la désinformation et du prêche selon les propres termes de Thomas E. Lawrence[2]. La manoeuvre développa une influence paralysante pour les Turcs, et génératrice d’une liberté d’action croissante pour la Révolte Arabe.
RELATION HISTORIQUE
En 1916, la Péninsule Arabique était sous domination turque depuis plusieurs siècles, à l’exception de La Mecque où le Chérif arabe Hussein Ibn Ali disposait d’une marge de manœuvre réduite. A l’instigation des Britanniques, installés de l’autre coté de la Mer Rouge, Ibn Ali lança le signal de la révolte avec pour finalité politique la constitution d’une nation arabe indépendante avec Damas pour capitale. La Mecque, cité sainte théoriquement interdite aux troupes turques, demeurait sous la menace directe de Médine, place forte située à l’extrémité sud d’une ligne de chemin de fer, axe de communication vital pour la domination sur la région.
A cette époque, l’armée turque était sous l’emprise des conceptions et des principes organisationnels allemands. Sa confiance allait au matériel dont elle était relativement bien pourvue, ainsi qu’à la discipline qui unifiait le nombre. Elle tenait l’équipement en si haute estime qu’elle le privilégiait par sur le facteur humain, rapporte Thomas Lawrence dans sa chronique. Par son alliance avec l’Allemagne et l’Autriche, l’Empire Turc Ottoman représentait pour les alliés franco-anglais, le flanc sud de l’ennemi qu’ils affrontaient dans le nord-est de la France. De la déstabilisation de cette région, ils escomptèrent l’affaiblissement de la coalition adverse.
Face à l’armée turque, le point d’appui allié se composait d’un ensemble de tribus bédouines en proie à des vendettas permanentes. Leur armement était sommaire mais adapté aux combats individuels et limités. Entre ces Bédouins, même unis dans une cause transcendant leurs différents, d’une part, et les moyens modernes turcs d’autre part, la disproportion était flagrante. En dépit de cette situation défavorable, survint un retournement progressif où Thomas Lawrence assura un rôle déterminant. Personnage complexe, il disposait de solides connaissances sur la région. La précision avec laquelle il décrit les mœurs et les coutumes des Arabes dont il parlait la langue, témoigne de l’extrême qualité de son information. Lorsque les franco-anglais décident d’agir, les Turcs engagent une progression offensive sur La Mecque afin de mater les troubles fomentés par Ibn Hussein et ses fils, dont le Cheikh Fayçal.
LA MEILLEURE FACON DE TRAVERSER UN CARRE ?
L’application des principes militaires alors en œuvre dans les tranchées européennes apparut vite illusoire. Si grâce à une chance inespérée et aidée par une grosse somme d’erreurs turques, Médine se trouvait à portée des Bédouins, la défense et la poursuite d’un tel acquis s’avèraient problématique moyennant l’existence en l’état de la ligne de chemin de fer qui la reliait au centre de l’Empire Ottoman. Au regard de l’orthodoxie en vigueur et d’un simple raisonnement mathématique, la tâche apparaissait hors d’atteinte.
Emmener quelques tribus bédouines, aussi individualistes que leur armement, face à la puissance concentrée de l’armée turque était l’assurance de la déconfiture. Une miraculeuse déroute des troupes ottomanes surprises, n'aurait pu empêcher une re-concentration au nord, préfiguration de la reconquête du sud. Pour résoudre ce problème, Thomas E. Lawrence s’inspira d’un proverbe arabe selon lequel dans le désert, la meilleure façon de se rendre d’un angle à un angle voisin dans un carré, consiste à en faire le tour !
1. Dans un premier temps, pour dégager La Mecque de la menace, Lawrence et Fayçal engagèrent une progression latérale qui, selon les mots de l’Anglais, ignora le corps principal de l’ennemi, et opéra une concentration très loin sur le flanc de son chemin de fer. Plutôt que d’attaquer frontalement la force occupante, ils privilégièrent la déstabilisation de ce qui faisait sa puissance : la voie ferrée. Ils réalisaient ainsi une impasse sur la place forte de Médine, ce qui fut le sens de la manœuvre.
2. La révolte arabe emprunta la direction d’El Ouedj, port situé sur ka côte occidentale de la Mer Rouge. Face à l’Egypte anglaise, il constituait une base de ravitaillement protégée de la ligne de chemin de fer par les monts du Hedjaz. Si l’on en croit ses mémoires, Lawrence sentit que le moment fut critique. En ruinant cette jonction avec les Britanniques, la puissance ottomane manqua l’occasion d’étouffer dans l’œuf le processus.3. La suite des événements, par les trois cotés, fut une succession de menaces simulée en profondeur autour de Médine et d’actions réelles mais limitées progressant vers le nord. Cette guerre de communication associa le dynamitage des ouvrages d’art du chemin de fer, prêche autour de l’idée de nation arabe et désinformation concernant les vrais objectifs militaires jusqu'à la prise de Damas!
Thomas Lawrence sacrifia à la passion des Bédouins pour le discours. Avant-garde invisible de la révolte, la propagande véhicula l’idée supérieure et mobilisatrice de l’unité politique arabe. Pour le Britannique, toute bataille était une erreur et l’armée turque un accident. Il n’était pas déterminant de savoir ce que faisait ses troupes, mais essentiel de savoir ce qu’elles pensaient. Quant aux Turcs, compte tenu des rapports de forces, il s’efforça de les paralyser dans leur dispersion plutôt que de les détruire, et surtout à faire en sorte qu’ils ne se concentrent jamais là où il aurait été utile pour eux !
LES TROIS TEMPS DE LA MANŒUVRE DE MENERBELLEC
Bien que toute schématisation soit abusive, cette source d’inspiration pour Jean de Menerbellec se décline en trois moments distincts.
1. Il quitte la ligne spontanée de l’affrontement avec nous. Après avoir fait annoncer la couleur à Genève, l’amiral transforme le Tournoi en apparence négligeable en se rendant à Cotonou. Au lieu de jouer les va-t’en-guerre contre l’Amérique, de Menerbellec « disparait » en temps que menace. En réalité, il connecte les aires d’influence britannique et française, et mobilise l’influence africaine de par le monde.
2. Les conditions sont alors remplies pour monter en puissance sur un terrain favorable. De Menerbellec perturbe et grippe les voies de communication naturelles entre l’Amérique et les académies de la stratégie. Le jeu occulte du Cercle de Strasbourg devient primordial. Les gesticulations provocatrices lors de l’étape brésilienne de Belém focalisent l’attention sur le Tournoi alors que l’essentiel se joue ailleurs. Pour éviter un contre organisé, de Menerbellec invite les past-masters et nous maintient dans la croyance qu’un retournement est à terme possible. Il évite de donner prise, mais accueille toute tradition stratégique distincte de celle qui apparait progressivement aux yeux de tous comme une pensée unique, indispensable à dépasser par l’accueil d’une diversité.
3. Actuellement, nos propres académies de la stratégie semblent gagnées peu à peu par l’originalité du cycle de conférences. Il est à craindre qu’un initiative externe ne vienne sonner le glas de notre suprématie, et il y a tout lieu de penser qu’elle viendra de Strasbourg et non du Mexique comme il serait dangereux de croire
EN SAVOIR PLUS :
LE TOURNOI DES DUPES. Roman de stratégie.
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Le voile se déchire
Dans une atmosphère d'optimisme retrouvé, les membres du Comité de Parrainage du Tournoi de la Stratégie échaffaudaienmt gaiement des hypothèses allant toutes dans le même sens, le leur ! Momentanément dépossédée, l'Amérique se sentait revenir en force. La dépouille mortelle de l'amiral Jean de Menerbellec naviguait doucement vers l'Europe. Dans le Boeing de la Singapour Airlines, Wolfgang Lobo, son successeur désigné par la force des choses, devait conclure le Tournoi là où le défunt l'avait programmé : à un degré de latitude nord à l'extrême sud de la Malaisie.
En témoignage de leur fidélité, les experts choisis par l'amiral multipliaient les conférences désormais concentrées sur le territoire même des Etats Unis. Ce qu'il restait de l'American Think Tank Incorporated, l'A.T.T.I., que j'avais présidé quatre années durant, ne semblait plus en mesure de lever le moindre petit doigt pour les contrer. Ma démission passait inaperçue, et dans l'attente de la livraison du Testament du Tournoi de Menerbellec, la tension montait à nouveau.
(...) J'achève de rédiger les dernières lignes de cette malheureuse épopée que mon petit fils frappe à la porte avec insistance. D'âpres négociations m'ont permis de terminer ce récit avant de me consacrer mon temps à découvrir le jeu que son père vient de lui offrir. Il traite de mondialisation, ce qui n'est pas pour me déplaire, et le bambin s'est déjà initié aux règles. Ne pouvant plus attendre, il pénètre d'autorité dans le salon qui me sert de bureau et me fixe droit dans les yeux pour ne pas me laisser le loisir du choix.
- Dis Papy, dans le jeu, tu voudras bien les Américains et moi je serai l'Amiral ?
Plus de dix ans plus tard, il me poursuit encore le diable, j'en aurais presque aimé être à sa place.
Long Island, N.Y., U.S.A. Le 14 Juillet, 2007.
ALLER PLUS LOIN
LE TOURNOI DES DUPES. Roman de Stratégie.
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D’abord je m’engage, ensuite je vois
Napoléon
Enfin le monde est arrêté ! Nous connaissons parfaitement les origines, l’environnement, les acteurs, les tendances, et nous pouvons dès à présent définir une stratégie au service de nos objectifs – tout en interdisant au monde de changer avant que nous n’ayons abouti. Surtout, prohibition de penser, de sentir et de remettre en cause de ce qui a été dit. Chacun à ses œillères, la cécité pour tous et les oreilles bouchées… et si le sol se dérobe protestons d'ensemble contre un comportement inacceptable des autres ou du marché !
Cette manière linéaire et déphasée de penser suppose une représentation finie de la réalité à partir du seul connu et reconnu, de ce qui est retenu d’un passé filtré et trié en fonction de nos propres limitations, ou de nos prétentions. Animés, pour ne pas dire emprisonnés, dans de telles restrictions, comment espérer faire de l’intelligence, être créatif, capable de saisir et d’épouser l’inattendu d’un monde riche, varié, diversifié et pour partie imprévisible ?
Ainsi se perdent des tombereaux d’opportunités autant en séduction qu’en affaires parce que l’on s’efforce avant tout d’appliquer plutôt que de s’impliquer, mus par l’ambition démoniaque d’adapter le monde à nos besoins tactiquement restreints au lieu d’embrasser ou de s'adpater stratégiquement aux bifurcations qui se présentent et aux possibles révélés aussi par intuition. Le manque de confiance et l’obsession de maitrise enchainent l’imagination et stérilisent l’invention. A tout vouloir tout seul, nous perdons et nous nous enfermons.
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La pensée stratégique occidentale, procédant de l’école continentale d’inspiration française, et de la maritime d’origine anglaise représentaient les deux pôles partiellement antagonistes d’un même ensemble culturel. La première, d’inspiration directe, débouchait sur Napoléon largement commenté par Antoine-Henri de Jomini et Carl von Clausewitz, servit de référence à l’école américaine de West Point. La seconde, avec des penseurs comme Julian Corbett et Liddel Hart, faisaient l’apologie d’un combat réduit à ses plus petites dimensions, avec pour référence majeure la domination planétaire de la Grande Bretagne jusque dans l’entre-deux guerres.
Dans ce vaste contexte, la première traduction de L’art de la guerre de Sun Tzu en 1772 par le père jésuite français Amyot fut vite éclipsée par le tonnerre, bientôt fascinant, des guerres de la Révolution Française et de l’Empire. Il fallut attendre le début du 20e siècle, pour voir apparaître les premières traductions de ce classique, vieux de près de deux millénaires et demi, en allemand puis en anglais. Même si l’approche indirecte, très britannique, continua d’influencer les guerres de l’empire d’Outre Manche, notamment la magistrale Manœuvre de Médine de Lawrence dit d’Arabie, la pensée de Clausewitz présida aux deux conflits mondiaux. Il fallut attendre les défaites française puis étasunienne du Vietnam, et auparavant les surprises de la guerre de Corée, tout comme les manœuvres souterraines de l’Empire Soviétique pour voir apparaître les premières références à une autre pensée de la stratégie d’origine asiatique dont Sun Tzu est la figure marquante.
Si l’on en croit, aujourd’hui, les volumes de citations et la faveur, de par le monde, de l’art de la guerre de Sun Tzu, la pensée stratégique chinoise représente objectivement une source d’inspiration qui s’impose dans cette orée du siècle. Est-ce pour autant l’heure de professer que tous les enseignements de la pensée stratégique occidentale soient à reléguer dans les poubelles de l’histoire ? Ce serait là un grand danger ! Il semble que jamais, et l’histoire de la renaissance du Japon, ou plus exactement des renaissances successives du Japon à partir de l’ère Meiji en fin de 19e siècle, témoignent de la nécessité de puiser dans ses propres racines pour actualiser une pensée stratégique adaptée aux nécessités et aux changements du monde. Le Japon n’a jamais été autant japonais que lorsqu’il se redéploye à la suite d’une crise ou d’une défaite.
Avec ces nouveaux acteurs, l’approche culturelle comparée de la stratégie s’impose comme une nécessité, traduite dans la recommandation de Sun Tzu selon laquelle l’assurance de la victoire passe par la double connaissance de l’autre et de soi-même.
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S'autocontraindre pour contraindre l'autre
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Retiens moi en te retenant toi, sinon un malheur se produira et tu en porteras la responsabilité ! Au vu de mes dispositions présentes dont je te communique les caractéristiques, seule ta modération ou ton renoncement est susceptible de m’empêcher de passer à l’acte.
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Ainsi peut être formulée la logique de la dissuasion où d'une action sur soi-même et de sa communication explicite, crédible et vérifiée à l'autre, on escompte une efficacité de contrainte décisive. Plutôt que d'agir par voie physique à l’encontre de l’autre, on préfère lui montrer à quoi il s'expose s'il franchit certaines limites. L'étalage de la force, couplée à la démonstration concrète de la détermination à s'en servir, est conçu comme un succédané à l'usage de la force elle-même. En usant d'informations dépourvues d'ambiguïtés, on incite l'autre à se contenir et à restreindre ses ambitions. Cette forme de menace directe, communique toute information sur la puissance des ressources mobilisables et sur les conséquences de leur possible mise en œuvre.
La dissuasion suppose l’entretien permanent, et au-delà, le perfectionnement des moyens de la coercition. Cette logique a conduit les belligérants de la Guerre Froide sur la voie d'une course-poursuite d'escalade aux armements qui a été décrite comme une stratégie logistique, c’est-à-dire fondée sur la production de moyens sans cesse plus sophistiqués dans l'offensive puis dans la défensive à travers l’Initiative de Défense Stratégique du président Ronald Reagan. Ce modèle vieux comme le monde se retrouve chez le Grec Xénophon (L’Anabase). Alain Joxe rappelle comment ce général disposa face aux Perses les restes de son armée le dos à un ravin, afin qu'il soit clair pour l'ennemi, par ce que dit le paysage lui-même, qu'il n'est pas de salut pour nous en dehors de la victoire (Le cycle de la dissuasion). La situation même de l'armée grecque communiquait le message explicite de la volonté de ses soldats. Sun Tzu recommande au général placé en situation désespérée de "brûler ses vaisseaux" (Cortès), dans le texte chinois de retirer l'échelle, en rendant matériellement impossible la retraite. De ce fait, on obtient un rendement optimum des troupes tout en communiquant sa résolution à l'adversaire. L’autre est alors placé devant le dilemme de s’engager dans une lutte avec un adversaire qui n’a plus rien à perdre ou bien de renoncer à la confrontation et ainsi de ne pas tirer profit de sa supériorité.
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La dissuasion n’est pas l’apanage exclusif des dominants
Par des dispositions explicites, la faiblesse se transmue en force. En jouant sa survie, un dominé peut créer un différentiel d’enjeu, de sorte que celui dont la situation n'est pas à ce point désespérée doute ou refuse un coût trop élevé d'affrontement. Alain Joxe exprime ce mécanisme comme le fait de savoir trouver la forme d'autocontrainte qui se transformera en contrainte systémique plus contraignante pour l'autre et plus bénéfique pour moi que mon autocontrainte ne m'a été nuisible. Pour ne pas en venir aux mains, il existe une marge d’intérêt commun à des acteurs soucieux d’éviter la marche inéluctable vers un conflit sans retour possible. La limite une fois franchie, la mécanique de la dissuasion peut piéger des belligérants qui perdent alors tout espace de manœuvre et de liberté de décision. Ne pas mettre à exécution la menace proférée, une fois la limite franchie, entraînerait la perte du crédit de la parole de celui qui dissuade ! La dissuasion n'est efficace qu'en fonction de l'idée que notre adversaire se fait de notre riposte face à ses propres décisions. Le bluff participe aussi de la dissuasion pour accréditer la réalité de moyens ou la détermination à en faire usage. Les conditions favorables ou défavorables au bluff dépendent de l’état, notamment psychologique, de la cible de cette communication.
La Guerre Froide mit en présence deux cultures de la stratégie fondamentalement différentes : d’une part celle du joueur de poker qui cherche à atteindre rapidement son objectif au moyen d’une surenchère résolue, et d’autre part celle du joueur d’Echecs qui construit progressivement les positions à partir desquelles il disposera d’avantages pour mener ses offensives. L’américaine veut aller vite car considère que time is money. La soviétique avait le temps des grands espaces et enrichissait sa marge de manœuvre par des contournements en Afrique, en Amérique Latine et en Asie. Rétrospectivement d’aucuns estiment que la surenchère de la "Guerre des Étoiles" aurait contribué à l'implosion d’une puissance soviétique incapable de relever économiquement ce défi de l’Initiative de Défense Stratégique. Quoi qu'il en soit, pour les belligérants majeurs de la Guerre Froide, l'affrontement direct sur les théâtres principaux demeura interdit du fait de l'équilibre de la terreur.
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Paradoxes de la dissuasion
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Une condition de l'efficacité de la menace directe réside dans la crédibilité accordée à la parole sans équivoque de celui qui dissuade. Si la crédibilité se perd du fait d’un manque de conséquence entre les propos et les actes, l’efficacité de la dissuasion s’enraye. Or dans le cas de la dissuasion nucléaire, le risque est paradoxalement aussi grand pour le même que pour l'autre puisque la destruction mutuelle est presque assurée à coup sûr (M.A.D.). Dans la clarté mécanique de ce modèle, le "jeu" se révèlerait à somme négative globalement et pour chacun. C’est ici que se noue un jeu complexe pour tempérer une logique qui semblait au premier abord, mathématique.
Une préoccupation commune aux deux belligérants consiste à ne pas se voir démesurément contraints par un discours extrême et par les intentions proférées. Il convient, d’une manière ou d’une autre, d’éloigner la perspective de la limite franchie qui entraînerait l’automaticité de la réponse, soit la concrétisation sans discussion possible de la menace. La dissuasion nucléaire fait référence à des moyens de destruction massive paradoxalement pour ne pas s’en servir, mais envisager seulement la possibilité d’un refus du passage à l’acte contredirait la stratégie. Pour ne pas subir eux-mêmes ce cadre contraignant, les acteurs cherchent à se procurer une marge de liberté d'action pour ne pas se voir dicter à leur corps défendant une escalade qu'ils sont soucieux d'éviter ! Pour le même, un gain de liberté d’action peut résulter d’une diminution de celle de l’autre dans le cadre d’une logique de jeu à somme nulle. La part psychologique de l’affrontement par signes peut communiquer explicitement à l'opinion publique adverse les conséquences détaillées de la mise en œuvre du feu nucléaire. Il s'agit là d'une composante indirecte de la dissuasion qui s'efforce de saper le moral et la détermination de l’autre en s'appuyant à la fois sur la peur et sur la raison, car il existe au moins deux excellents arguments pour éviter le déclenchement du feu nucléaire : l'une rationnelle et l'autre émotionnelle.
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La menace directe se développe sur des rythmiques courtes où l’on cherche à atteindre rapidement la décision afin d’éviter d’entrer dans le tunnel de l'outrance. Chaque acteur s'efforce de se ménager et de se créer un espace ou un temps de manœuvre dans sa confrontation discursive avec l'autre. La référence à l'extrême définitif fait naître entre le même et l'autre un intérêt mutuel supérieur qui s’est traduit durant la Guerre Froide par le fait que les USA avaient parfois plus d'intérêts en commun avec l'URSS son ennemie, qu'avec la Grèce son alliée !
Paradoxalement, ces opposants idéologiques irréductibles assuraient objectivement en cogérance le maintien du statu quo sur la Planète. Cette interdépendance des belligérants les condamnait à assumer en commun l'équilibre. En observation mutuelle permanente, ils naviguaient en gesticulant plus ou moins habilement dans des zones de conflits-concurrences fluctuantes et suffisamment marginales pour ne pas entraîner les foudres adverses. La communication demeura toujours explicite entre les USA et l'URSS, surtout lorsque les seuils critiques se profilaient à l’horizon.
Durant la crise des missiles soviétiques à Cuba, Kroutchev comme Kennedy soulignaient constamment dans leurs messages publics, la rationalité de leurs positions comme de leurs décisions. En insistant sur le fait qu'ils n'étaient pas fous, ils se communiquaient mutuellement une grille de lecture objective de leurs comportements afin que l'autre ne se méprenne pas sur les règles communes du jeu dangereux qui les liait alors. Chacun des responsables suprêmes permettait ainsi à son partenaire d'établir par lui-même les calculs adéquats quant à l'état particulier du jeu stratégique et de son devenir. L'ambiguïté ne pouvait pas avoir de place à cette "phase du jeu". L'efficacité d'une menace est liée à l'existence d'une solution de repli pour l'adversaire potentiel auquel une certaine marge de manœuvre doit être ménagée sous peine de le voir réagir comme un lion pris au piège (Schelling, Stratégie du conflit).
Il arrive que celui qui dissuade se retrouve face à un interlocuteur qui ait peu à défendre et ne raisonne pas selon les mêmes règles que lui. Le danger est alors grand qu'un tel acteur irrévérencieux ne s'aventure à franchir la limite juste "pour voir" comme au poker ou parce qu’il a tout à gagner. Celui qui dissuade est alors placé devant le dilemme inconfortable de crédibiliser sa parole en réalisant la promesse de sa menace, ou de se décrédibiliser en ne le faisant pas. Le dispositif de contrainte initialement pensé pour agir sur l'autre se retourne contre le même qui subit l’inversion. En se contraignant pour contraindre l'autre de manière avantageuse, le même doit gérer et réguler l'autocontrainte du vis à vis afin qu'elle demeure pour celui-ci dans les limites de l’acceptable et sans que pour autant il ne perde la face. Entre acteurs au statut similaire, l'extrême du danger mutuel introduit un principe de modération qui évite de conduire mécaniquement les belligérants à l'extrême, surtout dans le cas du nucléaire. C’est pour ralentir cette cadence en y aménagement des "aires de refroidissement", que les États-Unis inventèrent la doctrine de la riposte graduée à la suite de la crise, pédagogique selon Alain Joxe, de Cuba. La France quant à elle institua - et communiqua internationalement - des paliers d'usage de son armement nucléaire. Par rapport à un modèle qui fonctionne sur le court terme, ceux qui dissuadent se dotent des marges d'espace et de temps pour ne pas se voir paradoxalement contraints par leur dispositif d'autocontrainte.
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Le maintien d'une zone de liberté d'action passe aussi par un certain mutisme ou un voile d'incertitude quant à la décision de dire si les intentions et actes de l'adversité tombent ou non sous le coup de la dissuasion. Le propre de la stratégie consiste à étendre au maximum la liberté d'action de l'acteur, soit le nombre d'options possibles, et inversement de les réduire chez l'autre. Si le moyen suprême de pression que représente l'arme nucléaire est retourné par un perturbateur disant chiche, surgit le paradoxe qui transforme la force en faiblesse ! Ce danger existe dans le cas où le perturbateur, qui souvent dispose d’une position et d’un statut inférieur, se refuse à entrer dans une logique raisonnable de gestion commune de l'équilibre. La part d'intérêt commun est alors trop faible pour que se dégage un projet politique (ou commercial) supérieur et régulateur
Pour éviter cet écueil, celui qui use de menace directe se donne du temps et de l'espace comme dans le cas de la riposte graduée. Il s'agit alors de contraindre l'autre en avant, en amont, afin de ne pas se faire presser dans son propre modèle par raréfaction et rétrécissement du temps et de l'espace autour de soi et au niveau de l’interaction entre soi et l'autre. La parole du même, vecteur de la détermination, ne doit pas être susceptible d'être prise au piège d'une provocation qui la mette face aux cornes d'un dilemme. Cela limite le champ de validité de la dissuasion. C'est donc par l'anticipation, en jouant préalablement sur l'information, que la marge de liberté d'action est maintenue et entretenue. Pour ce faire, il convient de déjouer dans l'œuf, au moment des prémices, les germes d'une logique d'affrontement avec un acteur d’autant plus dangereux que son statut et ses moyens le dispense de tenir compte de l’intérêt bien compris d’une gestion commune de l’interaction.
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L'entropie du modèle
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La menace directe, relève d'un genre qui s'use excessivement vite lorsque l'on en abuse ou qu'on la manipule inconsidérément, tous les parents se savent d’expérience dans leurs relations avec leurs enfants. Cela impose une gestion parcimonieuse de la parole menaçante, soucieuse de maintenir son crédit. Modèle extrême, la menace directe doit garder son caractère d'ultime recours, et cela par entente tacite entre les belligérants. Son efficacité se joue plus au niveau d'un couple ou de la gestion bien comprise de l’interaction que de la mise en œuvre par un acteur seul. Un excès de domination entraîne tôt ou tard une contre-mesure à la hauteur de l'efficacité initiale. La menace directe ne saurait donner lieu à une interprétation mécanique, car ce serait contraire à la nature de la stratégie.
Lorsque la dissuasion est jouée de manière offensive et conquérante, cela suppose d’avoir délibérément choisi de rompre ou d'ignorer les devoirs de la gestion commune qui "unit" les belligérants. On entre alors dans une logique de conflit ouvert, et au-delà de la menace proprement dite. Il faut distinguer la dissuasion entre acteurs dont les forces (moyens + détermination) constituent un équilibre de terreur, d'avec une dissuasion entre des acteurs dont la nature des moyens diffère quantitativement et/ou qualitativement. Là où la nécessité de la communication explicite est incontournable dans le premier cas, elle doit se faire discrète dans le second sous peine d'inciter l'autre à compenser dans le registre de la détermination ou de l'emploi de moyens non orthodoxes, son infériorité soulignée. C'est ainsi que peuvent se lire les attentats suicides contre les forces américaines et françaises installées au Liban dans les années quatre-vingt dans un soucis de pacification. Les faibles moyens du terrorisme firent plier des puissances militaires et économiques dominantes. À travers la négation de l'importance du point d'appui de la menace (l'existence de l'autre) une contre stratégie peut être mise en œuvre. Le cas du "terrorisme mystique" en est l'exemple le plus éloquent. Le chantage à la mort proféré par une superpuissance n'est d'aucun effet sur des individus pour qui la fin de la vie terrestre est libération, voire garantie de salut pour la vie future (Djihad) !
Le modèle de la menace directe est menacé d'entropie s'il n'est pas renforcé pas à pas, mais selon un dosage subtil, par de l'information sur la crédibilité de la parole, la mise au point de nouveaux moyens ou l’incursion sur de nouveaux théâtres. Si la positivité du modèle, sa clarté d'expression et son absence de fioritures équivoques ne sont pas tempérées par des gradations et des portes ouvertes vers d'autres modalités d'interaction, le risque est de conduire à une contre menace directe fondée sur un plus de détermination. La dissuasion du trop fort par rapport au faible, vécue comme trop définitive, se retourne à terme contre son initiateur.
La dissuasion représente l'argument ultime dont le dosage est essentiel si l’on veut en maintenir l’efficacité. Ce modèle affaiblit par usure, le bras qui la brandie tout comme la parole de celui qui en abuse. Moins on l'agite directement, plus sa performance s'accroît, d’autant que l'on laisse le soin de l'évaluation à l'adversaire lui-même, tout en entretenant un climat d'incertitude. On agrandit ainsi sa liberté d'action, et la dissuasion demeure une carte disponible pour le même s’il veut communiquer à l'autre que ses calculs sont inexacts. N'ayant pas abusé de la menace, la contrainte pèse. Paradoxalement, l'incertitude devient l’un des vecteurs de la dissuasion. Sun Tzu recommande d'attaquer en plein jour mais d'être victorieux en secret. Le pendant obscur de la dissuasion explicite réside dans cette zone d'incertitude relative.
Il est hasardeux d’imaginer une stratégie de dissuasion si l'acteur colle sans distance avec son propre projet, et se prive ainsi de tout l'espace de manœuvre que le jeu de l'incertitude peut lui donner.
La maîtrise des termes de l’interaction permet de faire en sorte que ce soit l’autre qui définisse lui-même la limite qu’il ne faut pas franchir ! Plus l’adversité est maintenue dans le flou, plus la liberté d'action du même est importante. Le nombre de paradoxes, de retournements et de dilemmes propres à la dissuasion montre toute la nécessité adaptative et relative de la stratégie. Il n'y a pas de modèle gagnant à coup sûr.
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La stratégie demeure un art risqué et créatif, où il existe toujours quelque marge de manœuvre disponible ou imaginable.
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Le point de départ de l'intelligence est la prise en considération des autres hommes. (René Khawam, Le livre des ruses. La stratégie politique des Arabes).
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La Métis est une forme d'intelligence et de pensée, un mode de connaître ; elle implique un ensemble complexe, mais très cohérent, d'attitudes mentales, de comportements intellectuels qui combinent le flair, la sagacité, la prévision, la souplesse d'esprit, la feinte, la débrouillardise, l'attente vigilante, le sens de l'opportunité ; elle s'applique à des réalités fugaces, mouvantes, déconcertantes et ambiguës qui ne se prêtent ni à la mesure précise, ni au calcul exact, ni au raisonnement rigoureux (Marcel Destienne et Jean-Pierre Vernant Les ruses de l'intelligence, la Mètis des Grecs).
La mythologie grecque relate comment les manigances et expédients de la déesse Métis contribuèrent de façon décisive à la victoire de Zeus sur la coalition rivale des Titans. Mais une fois débarrassé de ses adversaires et bien qu'elle fut sa maîtresse, Zeus avale purement et simplement la déesse afin que son intelligence rusée ne serve à nul autre que lui.
Métis combine la capacité à lire et à anticiper sur le cours des évolutions selon un rythme aussi rapide qu'inopiné. Sa forme d'entendement immédiat ne laisse subsister l'ombre d'une hésitation entre la détection d'une opportunité et sa mise à profit. Métis ne connaît plus, entre le projet et l'accomplissement, cette distance par où surgissent, dans la vie des autres dieux et des créatures mortelles, les embûches de l'imprévu (id.).
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Dans la Grèce antique, l'opposé de Métis est incarné par l'enfer du Tartare : lieu de la confusion totale, espace non orienté, privé de directions fixes et de repères réguliers (...) Le Tartare n'est pas seulement une prison impossible à fuir, il est lui-même un espace lieur dont l'étendue se confond avec des liens inextricables (id.). Si le Tartare, filet englobant et sans issue, peut être associé à l'image d'une surinformation qui noie toute possibilité stratégique dans une absence de sens, la force de Métis réside dans son aptitude à user de ce chaos pour tirer son épingle du jeu.
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Le recours à Métis se manifeste surtout en situation difficile voire désespérée, lorsque le cours naturel des événements semble logiquement condamner l'action à l'échec. Sa souplesse et sa malléabilité lui donnent la victoire dans les domaines où il n'est pas, pour le succès, de règles toutes faites, de recettes figées, mais où chaque épreuve exige l'invention d'une parade neuve, la découverte d'une issue cachée (id.). Sa connaissance du passé et son extrême présence dans l'instant lui permet de renverser l'ordre des choses de manière foudroyante par effet de surprise. Insérée dans une fenêtre étroite d'"instantanéité" et en fonctionnant sur des micro-rythmes opportuns, elle donne le spin, l'impulsion qui fait tourner ou retourner les circonstances dans un sens favorable. Ses initiatives imprévisibles ne sont pas orthodoxes, et pour reprendre la terminologie chinoise relève de la force Ji (ou ch'i), et dans la culture stratégique japonaise au sen-no-sen.
Métis joue des contraires au service de sa liberté. Passer pour demeuré procure la sécurité (voir stratagème chinois). L'image du sot endort la vigilance alors que son contraire l'exacerbe chez les autres. Le renard, animal doué de Métis et dont la nature est prédatrice, se donne l'apparence d'une proie en se mettant les pattes en l'air et attire des oiseaux trop contents de l'aubaine. Mais une fois qu'ils se sont suffisamment rapprochés au point de ne pouvoir s'envoler rapidement, le renard retourne l'apparence en réalité et réactualise sa nature de chasseur. Il s'empare de la proie qui croyait profiter de son cadavre !
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Le secret de Métis dans son effort pour saisir l'opportunité repose dans son habileté à se rendre encore plus insaisissable et indéterminée que le futur lui-même.
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Sa forme ne livre aucune indication, aucune information permettant d'anticiper sur son comportement et elle ne s'interdit aucune forme d'action. Mouvante, multiforme et bigarrée, elle ne connaît ni les substances fixes, ni les lignes droites, ni les valences uniques. Métis va droit au but par le chemin le plus court, c'est-à-dire par le détour à l'image de la manœuvre de Médine de Thomas E. Lawrence, dit d’Arabie. Pour englober et égarer, elle se fait encore plus floue et apparemment indéterminée (Tartare) que la situation ou l'acteur auquel elle fait face. Fondamentalement opérationnelle, elle n'affiche ni idéologie, ni catéchisme, ni valeurs particulières. Elle n'a que des finalités et ne s'enferme dans aucun a priori pour les réaliser.
L'eau, qui ne peut être saisie, saisit dit le proverbe chinois. Ce qui ne peut être contenu, contient. Réseau sans issue, le filet saisit tout et ne se laisse saisir par rien ; il a la forme la plus fluide, la plus mobile, et aussi la plus déroutante : celle du cercle (...) lien parfait parce que tout entier retourné et refermé sur lui-même, n'ayant ni début ni fin, ni avant ni arrière, et que sa rotation rend à la fois mobile et immobile (id.).
Un autre animal emblématique de Métis est le poulpe aux multiples tentacules et doué de la capacité de transformer l'intérieur en extérieur et vis et versa. Son aptitude à désigner simultanément toutes les directions comme possibles pour son prochain mouvement, rende son comportement imprévisible. Pour Métis, seuls importent le présent et le futur immédiat. Elle vit sa vigilance dans l'instant et c'est ce qui la rend si actuelle dans notre monde de contraction du temps et de l'espace où les ruptures déjouent les meilleures prévisions.
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Les communications, largement entendues, sont l’élément le plus important de la stratégie.
Antoine-Henri de Jomini
« L’économie des moyens est un principe d’optimisation des ressources disponibles, mises en système au service des fins que la stratégie sert »[1]
Napoléon Bonaparte estimait une armée réunie quand elle forme un système dont… toutes les parties coordonnées entre elles, sont capables de se concentrer malgré l’ennemi. Pour Carl von Clausewitz, il s’agit d’un principe d’après lequel il faut toujours veiller à la coopération de toutes les forces, en d’autres termes qu’aucune fraction ne reste inactive. Selon Ferdinand Foch cela recouvre l’art de peser successivement sur les résistances que l’on rencontre du poids de toutes ses forces et pour ce faire les monter en système… Affecter le gros de ses forces au but principal… et le faire communiquer avec les accessoires. Julian Corbett, appliquant ce principe à la stratégie maritime britannique, lui définit comme objet de couvrir la plus grande surface possible tout en conservant souplesse et cohésion, de façon à assurer … une réunion rapide et sûre de l’ensemble au centre stratégique.
« L’économie des moyens consiste à tirer le maximum de profit des ressources disponibles en en dépensant le moins afin d’élargir les dimensions, la portée et l’efficacité de l’action » (id.).
Avec le principe de liberté d’action, l’économie des moyens constitue selon Jean-Marie Mathey les deux hyperprincipes de la culture stratégique à la française. Il n’est pas, à notre sens, utile de rajouter celui de concentration qui en découle. Une véritable concentration est l’effet d’une habile dispersion dans l’espace et le temps de moyens articulés en un système communiquant. Disperser et rassembler des moyens finalisés pour réaliser le plus grand effet représente la boussole du principe d’économie des forces. Pour Sun Tzu, le fin du fin consiste à utiliser les moyens d’autres acteurs dont on instrumentalise la stratégie du fait de l’intelligence que l’on développe sur les fins qu’ils poursuivent et les stratégies qu’ils mettent en oeuvre.
Les réseaux de communication électronique permettent de considérables gains de temps en mobilisant des composantes hétérogènes spatialement dispersées mais rassemblées virtuellement dans un méta-système orienté (voir Le réveil du samouraï et la gestion du savoir au Japon). Au sein d’un tel système distribué en filet, l’information représente l’influx de base de cette virtualisation du principe d’économie. De cette articulation en réseau, résulte l’action d’un seul et même organisme dans ses adaptations en temps réel au service d’une finalité partagée. Les bases de connaissance qui centralisent l’information nécessaire à la conduite d’un projet ou d’un dessein constituent un élément stratégique déterminant. Véritables cerveaux collectifs, elles articulent des voies de communication pyramidale et horizontale qui assurent la vie d’une connaissance accumulée et en interaction permanente et intelligente avec les flux.
[1] La maîtrise de l’interaction, Pierre Fayard, Zéro Heure, Paris 2000. Exemplaire numérique gratuit sur demande à l’auteur.
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