Local wisdom et médecine traditionnelle
En Thaïlande, la médecine traditionnelle rassemble un ensemble de pratiques et de savoir-faire en matière de soins. Elle se fonde sur des croyances et des connaissances qui combinent l’usage de plantes, de minéraux, de techniques et d’exercices manuels ainsi que de thérapies dites spirituelles. L’objectif de se maintenir en bonne santé, soit de la prévention, l’emporte sur celui de la guérison. Contre la maladie, l’harmonie et le bien-être physique et spirituel sont l’objet d’attentions prioritaires. Pratiquée depuis l’aube de l’humanité, cette médecine encore très présente en Afrique, en Amérique Latine et en Asie plutôt dans les campagnes que dans les villes, satisfait à des besoins élémentaires liés à la vie quotidienne des populations. C’est à ce titre que, depuis peu, elle est qualifiée de complémentaire, ou d’alternative, à des systèmes de soins fondés sur les sciences et techniques modernes. Elle gagne aujourd’hui en popularité dans les villes et les pays développés.
Alors que la médecine, dite moderne, se fonde sur les progrès des sciences et des technologies, le fondement et les approches traditionnelles s’appuient sur une philosophie et une vision du monde marquées par les cultures et les héritages locaux. Pour ce qui est de la Thaïlande, en amont de l’institution du Royaume de Sukhothai au 13e siècle, les peuples de la Péninsule Indochinoise avaient développés des systèmes propres de médecine traditionnelle. Au carrefour d’influences chinoises et indiennes, les croyances dans les pouvoirs surnaturels, la mystique et la cosmologie jouèrent un rôle déterminant dans la formation de ces systèmes.
A plusieurs reprises tout au long du 20e siècle, plusieurs tentatives se firent jour pour redonner à la médecine traditionnelle thaïe ses quartiers de noblesse, notamment dans les périodes de crise où des solutions de rechange à la médecine moderne devaient être trouvées et pour éviter des effets secondaires aux traitements lourds et coûteux. Entre le passé des ancêtres et le présent des contemporains, elle présente une continuité fondée sur l’observation, l’usage des ressources naturelles et une sagesse appliquée liée aux spécificités des localités où elle s’exerce. De générations en générations, ces pratiques se sont transmises de guérisseurs en guérisseurs par une transmission orale et souvent familiale, objet de prohibition, ou pour le moins de déconsidération pour cause de folklorisme indigène. Son recul devant une médecine scientifique d’inspiration occidentale et conquérante, a été récemment enrayé à la suite du constat d’une dépendance économique et d’importations pénalisantes pour la Thaïlande. C’est ainsi que, paradoxalement, la médicine moderne qui l’avait plongée dans un folklorisme passéiste, lui a comme redonné une vigueur et un intérêt stratégique pour le pays.
Le gouvernement thaï a encouragé la réhabilitation de ce savoir traditionnel en mettant en place des politiques et des stratégies visant à soutenir son actualisation dans la société actuelle. La sagesse populaire locale s’est vue ainsi reconnue droit de cité combinée avec les acquis de la modernité scientifique et technique d’inspiration occidentale. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’un soutien institutionnel délibéré et de recherches systématiques en vue de produire des solutions originales en matière de santé tout en s’appuyant sur une exploitation harmonieuse des ressources naturelles dans le cadre d’une sagesse emprunte de principes religieux et philosophiques.
