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par DUNOD

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Pierre Fayard est professeur à l'université de Poitiers et directeur du Centre franco-brésilien de documentation scientifique et technique (CENDOTEC) de Sao Paulo.
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LES LIVRES

Local wisdom et médecine traditionnelle

Yt En Thaïlande, la médecine traditionnelle rassemble un ensemble de pratiques et de savoir-faire en matière de soins. Elle se fonde sur des croyances et des connaissances qui combinent l’usage de plantes, de minéraux, de techniques et d’exercices manuels ainsi que de thérapies dites spirituelles. L’objectif de se maintenir en bonne santé, soit de la prévention, l’emporte sur celui de la guérison. Contre la maladie, l’harmonie et le bien-être physique et spirituel sont l’objet d’attentions prioritaires. Pratiquée depuis l’aube de l’humanité, cette médecine encore très présente en Afrique, en Amérique Latine et en Asie plutôt dans les campagnes que dans les villes, satisfait à des besoins élémentaires liés à la vie quotidienne des populations. C’est à ce titre que, depuis peu, elle est qualifiée de complémentaire, ou d’alternative, à des systèmes de soins fondés sur les sciences et techniques modernes. Elle gagne aujourd’hui en popularité dans les villes et les pays développés.

Alors que la médecine, dite moderne, se fonde sur les progrès des sciences et des technologies, le fondement et les approches traditionnelles s’appuient sur une philosophie et une vision du monde marquées par les cultures et les héritages locaux. Pour ce qui est de la Thaïlande, en amont de l’institution du Royaume de Sukhothai au 13e siècle, les peuples de la Péninsule Indochinoise avaient développés des systèmes propres de médecine traditionnelle. Au carrefour d’influences chinoises et indiennes, les croyances dans les pouvoirs surnaturels, la mystique et la cosmologie jouèrent un rôle déterminant dans la formation de ces systèmes.

A plusieurs reprises tout au long du 20e siècle, plusieurs tentatives se firent jour pour redonner à la médecine traditionnelle thaïe ses quartiers de noblesse, notamment dans les périodes de crise où des solutions de rechange à la médecine moderne devaient être trouvées et pour éviter des effets secondaires aux traitements lourds et coûteux. Entre le passé des ancêtres et le présent des contemporains, elle présente une continuité fondée sur l’observation, l’usage des ressources naturelles et une sagesse appliquée liée aux spécificités des localités où elle s’exerce. De générations en générations, ces pratiques se sont transmises de guérisseurs en guérisseurs par une transmission orale et souvent familiale, objet de prohibition, ou pour le moins de déconsidération pour cause de folklorisme indigène. Son recul devant une médecine scientifique d’inspiration occidentale et conquérante, a été récemment enrayé à la suite du constat d’une dépendance économique et d’importations pénalisantes pour la Thaïlande. C’est ainsi que, paradoxalement, la médicine moderne qui l’avait plongée dans un folklorisme passéiste, lui a comme redonné une vigueur et un intérêt stratégique pour le pays.

Le gouvernement thaï a encouragé la réhabilitation de ce savoir traditionnel en mettant en place des politiques et des stratégies visant à soutenir son actualisation dans la société actuelle. La sagesse populaire locale s’est vue ainsi reconnue droit de cité combinée avec les acquis de la modernité scientifique et technique d’inspiration occidentale. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’un soutien institutionnel délibéré et de recherches systématiques en vue de produire des solutions originales en matière de santé tout en s’appuyant sur une exploitation harmonieuse des ressources naturelles dans le cadre d’une sagesse emprunte de principes religieux et philosophiques.

Les expéditions de connaissance en Thaïlande

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Un modèle alternatif dans la société de la connaissance

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Les approches de la société de la connaissance empruntent différentes voies selon les cultures. Si un certain nombre de caractéristiques communes s’impose à tous, les réponses et les stratégies diffèrent.

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Les manières de connaître, de partager et de créer du savoir sont fondamentalement culturelles jusqu’à en appeler à des visions religieuses du monde qui marquent en profondeur la vie quotidienne des sociétés. S’il existe une science internationalement commune et valable sous toutes les latitudes, il n’en va pas de même d’autres modes de connaître, qui eux s’enracinent dans le terreau de l’histoire, des coutumes, des visions du monde et des relations des humains entre eux et avec la nature.

Ce paradoxe génère un double mouvement apparemment contradictoire dont l’une des directions va vers l’homogénéisation quand l’autre va vers la culture de la différence. Mais faut-il y voir une contradiction ou au contraire une tension créatrice ?

Pour illustrer ce double mouvement, l’exemple de la société thaïlandaise où il règne une tolérance historique est éloquent. L’une des caractéristiques de ce pays est de n’avoir jamais été colonisé par les puissances occidentales qui s’en rapprochèrent sans s’y installer. Il n’existe pas de rupture mais une véritable continuité dans l’histoire de la monarchie thaïe qui a su s’adapter et où le roi garde un pouvoir pas seulement symbolique de père de la nation… Les traditions n’ont jamais été contestées de l’extérieur et c’est délibérément que les élites du pays se tournèrent vers l’Occident pour importer des modèles et des sources d’inspiration.

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Les sciences et les technologies modernes, les modalités de production industrielle et capitalistique ainsi que les modes de vie urbain s’imposèrent comme des références à la différence, si ce n’est à l’encontre, de traditions et d’un mode de vie rural fondé sur la notion de communauté et de responsabilité individuelle à son égard.

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Tout allait dans le meilleurs des mondes jusqu’à la crise dramatique de la monnaie, qui s’étendit sur tout le sud-est asiatique avec les effets que l’on sait. Des centaines de milliers de Thaïs retournèrent dans les campagnes pour des raisons de survie. A la différence des ruraux qui les accueillaient, ces urbains portaient un autre regard sur le monde et surtout ne se contentaient plus de suivre des modèles sans les remettre en cause lorsqu’ils les trouvaient inadéquats. La chercheur Yuwanuch Tinnaluck montre à travers de plusieurs études de cas, comment ces critiques s’enracinèrent dans des valeurs traditionnelles et contribuèrent à l’émergence d’un modèle hybride harmonieux et créatif.

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Les expédition de connaissance, un processus socio-économique et culturel créatif

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Un constat, ou plus exactement un refus d’accepter les termes d’une réalité qui ne correspond pas au souhaitable d’un point de vue économique, écologique ou éthique... se situe à l’origine de chaque expédition. De la non acceptation de laisser les choses se faire d’une manière considérée comme erronée et mauvaise, surgit une nécessité à la fois théorique et pratique. L’alternative passe par la création d’une connaissance opérationnelle qui émerge au fur et à mesure pratiques relationnelles associant tradition et nécessités modernes. Puisque la connaissance utile n’existe pas, sa génération est le fuit d’un processus social qui n’est pas sans évoquer le modèle (kata) SECI du chercheur japonais Ikujiro Nonaka.

En s’appuyant sur neuf études de cas, Yuwanuch Tinnaluck rend compte de ce processus créatif en le reliant aux travaux de Nonaka sur la gestion du savoir et de Pierre Fayard sur les stratégies de la communication publique des sciences.

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