Ouvrage publié
par DUNOD

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Pierre Fayard est professeur à l'université de Poitiers et directeur du Centre franco-brésilien de documentation scientifique et technique (CENDOTEC) de Sao Paulo.
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LES LIVRES

Pure expérience, BA et marketing naturel

Mon travail est le lieu où je rencontre et entre en relation avec l’autre

(Lee Ufan)

CommunicationEn référence à Kitaro Nishida, qui inspira le modèle de la création de connaissance d’Ikujiro Nonaka, l’artiste nippo-coréen Lee Ufan use du concept de BA pour rendre compte de sa conception de l’art, que l’on retrouve aussi dans le marketing naturel de l’entreprise japonaise Mayekawa.

Le concept d’espace désigne une continuité apparente, abstraite et invisible qu’on ne peut appréhender qu’au travers de lieux particuliers (BA) qui l’incarnent et le déclinent tout en demeurant traversés par lui. Le philosophe Kitaro Nishida critique la position occidentale selon laquelle la connaissance suppose la séparation du sujet et de l’objet. En amont de cette distinction artificielle, il fonde la primauté de lieux non neutres, pré-conditions à l’existence des choses et à leur perception par des sujets. L’être doit exister quelque part. Si cela n’était pas le cas, l’existant et le non-existant ne seraient pas distinguables (Lee Ufan). Un lieu, qu’il soit atelier d’artiste, salle de cours, espace de vente, entreprise ou marché… génère un système relationnel dynamique qui influence ses sujets participants tout en étant influencé par eux. De la perception consciente de ces rencontres dans ces BA, ou espaces partagés en action (Nonaka), émerge la connaissance opérationnelle qui crée l’harmonie qui débouche sous la forme d’une œuvre, d’un service ou d’un produit.

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Le concept de marketing naturel, développé par l’entreprise japonaise Mayekawa, emprunte la vision du consommateur pour définir ses activités. A partir de cette perception globale, l’entreprise détermine les produits et services à mettre sur le marché en intégrant leur commercialisation jusqu’à leur recyclage (p. 118). Le marketing naturel prend sa source dans la communication avec les clients et leurs besoins, alors que l’artificiel se focalise exclusivement sur la vente de produits, qu’ils correspondent ou non à des attentes (p. 119). Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance / Pierre Fayard.

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Pour Nishida, un champ préexiste à  la séparation entre sujet et objet. Celui-ci les englobe tout en étant entre eux (in-between). De la participation consciente dans cette dynamique relationnelle émerge la connaissance réalisée dans la rencontre. Du regard actif d’un sujet conscient et impliqué, nait une pure expérience (Nishida) sans distorsion ni séparation dans l’espace et le temps. En reliant sujet et objet, et en abolissant leurs différences comme supposés opposés, le lieu (BA) détermine un plan supérieur d’appartenance et d’implication qui les intègre et qui oriente le potentiel qu’ils représentent.

Créateur de communautés

Mediascope NTT Inc.

La connaissance ne peut être gérée, cette approche d'inspiration nord-américaine est trop focalisée sur les technologies de l'information. Au Japon, on se concentre sur le principe des commuautés émergentes selon une approche plus émotionnelle (p. 153).

On ne diffuse plus un produit, un service ou un enseignement. Aujourd'hui, ils doivent être comme appelés par une nécessite collective, ou intersubjective, que l'on peut seulement contribuer à construire (p. 156).

From "one to one" to "with". Jusque-là, l'entreprise se concevait comme une entité distincte et séparée à la fois de ses clients, et plus globalement, du monde exterieur (p. 158).

In Le reveil du samourai. Culture et strategie japonaises dans la societe de la connaissance. Ed. Dunod, Paris 2006.

Le concept de BA

Knowledge Management – Creation – Knowledge Society – Concept de Ba – Strategic Knowledge Community – Culture of Strategy

The concept of ba plays a major role in the Japanese way of Knowledge Management and within how this country is facing Knowledge Society’s issues. Because this concept presents a deep cultural component, it is not at all easy to understand using Western cultural frameworks. Therefore, this paper proposes Strategic Knowledge Communities as a Western equivalent.

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Gestão do conhecimento – Criação – Sociedade del conhecimento – Conceito de Ba – Comunidade Estratégica de Conhecimento – Cultura de la estratégia.

O conceito de ba exerce um papel fundamental no Knowledge Management em Japão e no caminho com o qual este pais enfrenta os desafios da Sociedade do Conhecimento. Esse conceito carrega forte significado cultural e torna-se de difícil compreensão por meio da linguagem ocidental. Portanto, o presente artigo propõe a expressão Comunidades Estratégicas de Conhecimento como equivalente.

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Gestion del conocimiento – Creacion – Sociedad del conocimiento – Concepto de Ba  Comunidad Estratégica de Conocimiento – Cultura de la estratégia.

El concepto de ba juega un papel fundamental en el camino japonès del Knowledge Management y en la manera con la cual esta pais enfrenta os desafios de la Sociedad del Conocimiento. Este concepto conlleva un significado cultural forte que le torna dificil entender en los idiomas occidentales. Por eso, este articulo propone la expresion de Comunidad Estratégica de Conocimento como equivalente.

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Pour aller plus loin : Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance (Dunod, 2006).

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La perception action

Héritière de la Chine où il n’est pas de forme supérieure d’intelligence que celle qui s’attache à l’interprétation du changement (Jacques Gernet), la dichotomie entre théorie et pratique n’est pas, dans la culture japonaise, posée selon les mêmes termes qu’en Occident.

L’ordre du monde ne découle pas d’un modèle car il est contenu dans le changement lui-même. Le théoriser signifierait s’en démarquer, s’en isoler, et cette coupure en ralentirait la compréhension et par voie de conséquence l’adéquation humaine à celui-ci.

En se mettant à l’école des faits au moyen d’une pratique s’actualisant en permanence, on laisse transparaître l’ordre des choses plutôt que d’imposer des hypothèses, des règles artificielles et extérieures.

Au Japon, on apprend par le corps et c’est le corps qui sait !

Le développement de l’intelligence et de la connaissance intime se mettent à l’école du libre mouvement et de la perception des flux, de la circulation des énergies en œuvre par elles-mêmes. Là est la condition d’un agir non seul mais avec la nature.

Laisser transparaître plus que vouloir s’imposer de l’extérieur à partir d’une volonté autonome et distincte. Dès lors, la connaissance devient plus que savoir : en épousant le mouvement elle est action.

Aller plus loin : Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance (Dunod, 2006).

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La mutation de l’action en connaissance

La victoire en quelques idéogrammes

Lu dans : http://www.huyghe.fr/actu_484.htm


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Aux manuels de rhétorique comme ceux d’Aristote (Topiques, Rhétoriques, Réfutations sophistiques), peuvent s’opposer les grands classiques chinois dont le plus connu est l’art de la guerre de Sun Tzu. Ce n’est pas par hasard que le général chinois du VI° siècle avant notre ère est si souvent cité dans les académies militaires les plus branchées, par les « infoguerriers » qui ont la moindre prétention intellectuelle, sans oublier la plupart des praticiens de l’intelligence économique.

Ses sentences lapidaires comme « L’art de la guerre est fondé sur la duperie » ou « Sans mener de bataille, tâchez d’être victorieux » se retrouvent dans les manuels de management, alors que, depuis toujours, en Chine, la possession d’un rare traité de stratégie fait partie des fiertés d’un homme de culture.

Les praticiens connaissent bien d’autres classiques comme « les 36 stratagèmes » datant de la dynastie Ming ou le « Sac à stratagèmes » ou encore « Le Tao du Prince » (Han Fei).

La notion chinoise de stratagème peut se comprendre de deux façons :

-         soit comme des répertoires de manœuvres guerrières (qui peuvent être aisément généralisées à la lutte politique, aux affaires, voire à la vie personnelle ou amoureuse).

-         soit comme une vision générale des relations humaines, une pensée de l’opportunité, de l’efficacité et de l’incitation, un art de faire éclore en amont et en douceur les possibilités latentes dans chaque situation. Bref une première philosophie générale de l’influence.

Dans la première perspective, taxinomique et pratique, les stratagèmes se prêtent à classification. Souvent figés en formules faciles à retenir, ils offrent des recettes, une panoplie toujours prête en cas de besoin et ne demandant qu’à être adaptée au cas qui surgit.

Dans cet esprit, les 36 stratagèmes qu’un des meilleurs commentateurs, Pierre Fayard qualifie de « version vulgarisée de Sun Tzu », fourmillent de ces sentences laconiques en quelques idéogrammes ( 36, le nombre 36 faisant référence aux diagrammes du Yi King). Elles sont illustrées par une série de cas et se déclinent au gré de l’imagination du disciple.
L’expression est souvent imagée. Ainsi « Tuer avec une épée d’emprunt » signifie qu’il peut être utile de faire accomplir son travail par d’autres. « Cacher dans la lumière » suggère, sur le modèle de la lettre volée d’Edgar Poe, de dissimuler ses plans en semblant agir de la façon la plus banale. « Encercler Wei pour sauver Xaho » plaide en faveur des opérations secondaires qui permettront de profiter des vides qui se créeront dans le dispositif adverse. « Mener grand bruit à l’Est pour attaquer à l’Ouest » peut se comprendre comme une incitation à envoyer de faux signaux à l’adversaire pour l’amener à disperser inutilement ses forces. « Sacrifier le prunier pour sauver le pêcher » est une façon de dire qu’il faut parfois abandonner quelques petits avantages pour en gagner de grands…

Certains stratagèmes se réfèrent à des cas exemplaires historiques. Ainsi, « Montée discrète à Chencan » fait allusion fait allusion à un stratège qui fit très ostensiblement réparer le pont menant à une province ennemie pour, finalement, l’attaquer par un chemin de montagne, là où personne ne l’attendait. « La ville vide » renvoie au coup de génie de ce général qui, sachant que la cité qu’il défendait ne pourrait résister à un siège, en fit ouvrir toutes les portes et s’installa pour jouer de la flute sur la plus haute tour, de telle sorte que l’assiégeant déconcerté n’osa pas s’engager dans ce qui paraissait un piège…

Avec un peu d’imagination, il est possible transposer ces principes chinois aux affaires, à la politique ou aux stratégies amoureuses. Il existe d’ailleurs d’excellents manuels pour cela.

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Lire l’ensemble de l’article : http://www.huyghe.fr/actu_484.htm