Pure expérience, BA et marketing naturel
Mon travail est le lieu où je rencontre et entre en relation avec l’autre
(Lee Ufan)
En référence à Kitaro Nishida, qui inspira le modèle de la création de connaissance d’Ikujiro Nonaka, l’artiste nippo-coréen Lee Ufan use du concept de BA pour rendre compte de sa conception de l’art, que l’on retrouve aussi dans le marketing naturel de l’entreprise japonaise Mayekawa.
Le concept d’espace désigne une continuité apparente, abstraite et invisible qu’on ne peut appréhender qu’au travers de lieux particuliers (BA) qui l’incarnent et le déclinent tout en demeurant traversés par lui. Le philosophe Kitaro Nishida critique la position occidentale selon laquelle la connaissance suppose la séparation du sujet et de l’objet. En amont de cette distinction artificielle, il fonde la primauté de lieux non neutres, pré-conditions à l’existence des choses et à leur perception par des sujets. L’être doit exister quelque part. Si cela n’était pas le cas, l’existant et le non-existant ne seraient pas distinguables (Lee Ufan). Un lieu, qu’il soit atelier d’artiste, salle de cours, espace de vente, entreprise ou marché… génère un système relationnel dynamique qui influence ses sujets participants tout en étant influencé par eux. De la perception consciente de ces rencontres dans ces BA, ou espaces partagés en action (Nonaka), émerge la connaissance opérationnelle qui crée l’harmonie qui débouche sous la forme d’une œuvre, d’un service ou d’un produit.
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Le concept de marketing naturel, développé par l’entreprise japonaise Mayekawa, emprunte la vision du consommateur pour définir ses activités. A partir de cette perception globale, l’entreprise détermine les produits et services à mettre sur le marché en intégrant leur commercialisation jusqu’à leur recyclage (p. 118). Le marketing naturel prend sa source dans la communication avec les clients et leurs besoins, alors que l’artificiel se focalise exclusivement sur la vente de produits, qu’ils correspondent ou non à des attentes (p. 119). Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance / Pierre Fayard.
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Pour Nishida, un champ préexiste à la séparation entre sujet et objet. Celui-ci les englobe tout en étant entre eux (in-between). De la participation consciente dans cette dynamique relationnelle émerge la connaissance réalisée dans la rencontre. Du regard actif d’un sujet conscient et impliqué, nait une pure expérience (Nishida) sans distorsion ni séparation dans l’espace et le temps. En reliant sujet et objet, et en abolissant leurs différences comme supposés opposés, le lieu (BA) détermine un plan supérieur d’appartenance et d’implication qui les intègre et qui oriente le potentiel qu’ils représentent.
