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Pierre Fayard est professeur à l'université de Poitiers et directeur du Centre franco-brésilien de documentation scientifique et technique (CENDOTEC) de Sao Paulo.
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LES LIVRES

Sun Tzu, le père inconnu du management

Cconsigny

Par Chloé Consigny, 29 avril 2009

Aujourd'hui, plus que jamais, entrepreneurs et managers ont besoin de redoubler de ruse et d'ingéniosité pour gagner des parts de marché. Il y a deux mille cinq cents ans, dans L'Art de la guerre, un officier chinois avait déjà tout compris. Pourquoi le traité de Sun Tzu est-il toujours d'actualité ?

La pensée de Sun Tzu condense, en un court texte, les outils stratégiques qui permettent de mener toute entreprise au succès. Une sorte de marche à suivre théorique qui, en treize articles, révèle les dix-neuf stratégies destinées à faire sortir le lecteur gagnant de tous les combats.

Pour cela, cinq éléments fondamentaux sont mis en exergue : la doctrine, l'espace, le temps, le commandement et la discipline.

Pour les spécialistes, chacun de ces éléments trouve une analogie dans le monde de l'entreprise. Dans les écoles de commerce, les professeurs introduisent leur cycle d'intervention par une présentation de L'Art de la guerre. Ils incitent leurs élèves à se familiariser avec la pensée de l'auteur et leur conseillent de revenir à ce texte tout au long de leur carrière.

Pourtant, cet ouvrage relate les campagnes militaires et ne fait mention ni de concurrence, ni d'études de marché, mais évoque des soldats arpentant montagnes et rivières armés de tambours et d'étendards.

Une pensée révolutionnaire ?
Le lecteur de L'Art de la guerre s'aperçoit rapidement que l'essence du traité n'est pas d'expliquer comment mener un combat mais, davantage, comment l'éviter. Aux départs en fanfare et autres chants grégaires, l'auteur préfère l'observation discrète de l'ennemi et l'action ciblée, car une vraie victoire minimise les pertes. Pour Sun Tzu, la ruse et la stratégie peuvent contraindre l'adversaire à abdiquer sans même que le combat ait été livré.

Qu'enseigne Sun Tzu à un chef d'entreprise ?
Avant de s'attaquer aux autres, il faut faire la loi dans son propre camp et y faire régner l'ordre. Dans l'article III, Sun Tzu fait la distinction entre les rôles au sein d'une même équipe. Si le pouvoir de nommer appartient au souverain, le devoir de décider revient au gouverneur.

De nombreux spécialistes rapprochent ce précepte du monde de l'entreprise. Tout l'art d'un P-dg est de savoir s'entourer. Le directeur adjoint, lui, doit prendre des décisions, être actif et ne pas dépendre de l'aval de sa hiérarchie : "Attendre les ordres d'un supérieur, c'est comme informer un supérieur que vous voulez éteindre le feu", explique Sun Tzu. Sous le gouverneur se trouvent les soldats ou, si l'on poursuit la métaphore, les salariés de l'entreprise.

Manager, c'est avant tout connaître ses employés, leur histoire, leurs origines et faire en sorte que tous se sentent essentiels au sein du groupe. Le manager doit dresser pour chacun d'eux la liste de ses talents. Un salarié qui se sent indispensable au sein d'une équipe sera beaucoup plus performant et dévoué à son travail. Rendre hommage et reconnaître les bonnes initiatives de chacun de ses soldats est l'unique façon de les faire adhérer à un projet commun.

Un éloge de la manipulation psychologique ?
Pour Sun Tzu, bien connaître ses propres forces et faiblesses est un atout mais n'assure pas la victoire. En revanche, connaître les faiblesses de son adversaire est essentiel. Cela permet de l'attaquer sans risquer de s'épuiser dans un combat coûteux et sanguinaire.

Dans L'Art de la guerre, la manipulation devient un art subtil : tout consiste à fournir à votre ennemi les moyens de vous seconder dans vos projets. Pour susciter la confusion chez l'adversaire, il faut le déstabiliser en usant des méthodes les plus rusées : "Simulez l'infériorité pour encourager l'arrogance de l'ennemi", préconise ainsi l'auteur. La rumeur, la fausse information sont les clés du succès.

Si l'on transpose cette recommandation au monde de l'entreprise, une société qui feint de laisser à penser à ses concurrents qu'elle n'est pas performante sur un segment de marché peut les prendre de court en attaquant sur ce même segment.

Pour Pierre Fayard, auteur du blog Comprendreetappliquersuntzu.com : "La pensée de Sun Tzu peut être comparée au jeu de go : dans ce jeu, à la différence du jeu d'échecs, on ne souhaite pas détruire le territoire de l'autre, mais agrandir le sien. L'ennemi est perçu comme un potentiel et non comme un danger. C'est l'essence même de la philosophie antique chinoise."

Lire ou relire L'Art de la guerre à l'heure de la crise économique et financière peut permettre d'éviter bien des écueils. L'Histoire montre que ce sont bien souvent les plus fins stratèges qui sortent gagnants des périodes difficiles. Quand les fondamentaux sont en péril, la ruse est plus que jamais utile.  

Première parution le 12/03/2009 dans le numéro 24 de MoneyWeek

Sun Tzu et le Management

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Une pensée qui a hissé à un niveau inégalé l’application du principe stratégique d’économie

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Rocher

Historiquement, la Chine est un grand pays par sa taille, sa culture, sa démographie et son Etat dont l’existence se compte en millénaires. Dans cet Empire, qui se dénomme lui-même du Milieu, la question de la gestion des ressources au regard de besoins considérables en nombre est demeurée centrale. Il en revint la charge à une administration mandarinale, lettrée et cultivée, par nécessité soucieuse d’économie. C’est dans ce contexte que l’on peut interpréter la pensée du plus fameux de ses stratèges, Sun Tzu, dont le traité sur L’art de la guerre qui remonte à plus de 24 siècles est aujourd’hui le plus lu dans le monde ! Quelques principes commentés sont à même d’inspirer de manière critique les managers du 21e siècle.

 

Les armes sont des instruments de mauvais augure

 

Force et violence ne sont pas les meilleures manières de parvenir à ses fins et d’en assurer la durée. Plus on s’oppose fermement à un adversaire, plus on renforce le point d’appui de sa mobilisation et de sa détermination, plus le prix pour l’emporter s’accroît ! En venir aux mains comporte une part de hasard et entraîne des dommages irrémédiables, ou pour le moins dispendieux. Il arrive que celui qui l’emporte paie un tribut plus lourd que le perdant, et qu’il en sorte vulnérable ! On ne peut tirer profit de ce qui a été détruit. Gérer le ressentiment et le désir de vengeance des vaincus est coûteux.

Plutôt que de dépenser ses ressources, il est avantageux de mobiliser celles des autres, jusqu’à celles de ses adversaires, et de conserver les siennes pour en tirer d’autres profits. L’intelligence du changement, des finalités, stratégies et dispositifs mis en œuvre par les autres, représente un potentiel que le stratège sensible, habile et créatif est à même d’utiliser.

La victoire par la seule force est le fait de mauvais généraux et de piètres stratèges. La vraie victoire vient de la ruse dont et son processus est invisible. N’identifiant nul stratège sous roche, on en constate les effets une fois qu’ils sont consolidés ! Lorsque l’opposition est inéluctable, s’attaquer prioritairement à l’esprit de l’adversaire, à sa stratégie, à ses alliances et supports, et, si vraiment on est rustre et lourdaud, à ses troupes et pire que cela à ses places fortes.

En manque ou déficit, de technologies, de ressources financières, de personnel, de service commercial, de réseaux de distribution… emprunter ceux des autres en instrumentalisant leurs stratégies. Limiter l’engagement de ses propres moyens et se servir de ce que les situations recèlent en potentiel.

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L’art de la guerre est comme l’eau qui fuit les hauteurs et remplit les creux !

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So what, interroge l’incrédule ? En quoi ce mécanisme purement physique représente un enseignement dans l’art de la guerre ? Une hauteur constitue une résistance, un obstacle à surmonter, donc coûteux. Une déclivité représente une vulnérabilité et un facteur d’accélération du mouvement. En s’adaptant au terrain, en épousant les contours des situations que l’on rencontre, on agit avec les caractéristiques de l’environnement que l’on transforme en atouts.

Plutôt que de s’imposer de l’extérieur, envers et contre tout, la conquête est intérieure, avec la complicité du milieu. La pensée chinoise est d’essence plus stratégique que tactique, plus encline à prendre en compte l’ensemble que les parties, toujours considérées dans leur relation au tout. Dans le jeu de Go (wei’chi en chinois), le temps passé à bétonner localement une position, laisse l’autre libre de baliser et réticuler le grand champ pour s’emparer d’avantages qui font la différence dans le décompte final de la partie.

Jouer large en s’attachant à la communication des éléments entre eux et avec l’ensemble. Les stratégies autistes appauvrissent les capacités d’action.

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Le général ne demande pas la victoire à ses soldats mais à la situation dans laquelle il les dispose.

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Les soldats ne sont pas valeureux ou pleutres en soi, de manière intemporelle, indépendante et absolue, mais en fonction de leur relation avec les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Plastique par excellence, l’eau emprunte la forme qui la contient. Dans le lit d’un torrent elle est farouche, dans un lac de montagne elle est potentiel énergétique, dans la plaine elle languit, par moins zéro elle est glace, à plus de 100° vapeur… tout en restant H2O.

En disposant le reste de ses maigres troupes le dos à la falaise, le Grec Xénophon communiqua à l’armée perse supérieure en nombre et approvisionnements qu’il était libre à elle d’affronter une bande d’enragés n’ayant rien plus rien à perdre, ou…. de battre en retraite dans l’attente d’une occasion plus favorable. Ce qu’elle fit !

Les dispositifs sont sources d’effets plus assurés que les mots d’ordre et les injonctions à faire. Travailler les caractéristiques du contexte de travail et d’action.

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L’invincibilité dépend de soi et les occasions de victoire des erreurs adverses.

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La première tâche du général est de se rendre invincible en s’attachant la confiance de ses troupes et de son peuple. En partageant ses joies et ses peines et en assurant un fonctionnement harmonieux de l’ensemble selon des règles et lois justes et légitimes, il se constitue un capital d’adhésion, de détermination et de mobilisation considérable. En sus, il ne donnera pas prise à des tentatives de déstabilisation de la part de ses ennemis. Au siècle dernier, Mao Tsé Toung écrivait qu’avec le peuple le Parti était invincible, mais contre lui il n’avait aucune chance de durer et encore moins de victoire.

La sincérité et qualité du management interne, rendent l’organisation adaptable, réactive et créative.

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Attaquer en pleine lumière mais gagner en secret.

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Le stratège dispose de deux types de forces : Zheng (classique, conventionnelle, visible) et Ji (extraordinaire, surprenante, irrégulière). Par économie et souci d’efficacité, on engage le combat par des moyens orthodoxes qui fixent les moyens adverses, puis on l’emporte en prenant le dispositif adverse au dépourvu par une initiative inspirée. Une manœuvre Ji identifiée devient Zheng. Ce qui était conventionnel peut alors produire une manœuvre surprenante. Mao Tsé Toung recommandait de marcher sur ses deux jambes en combinant ces deux types de ressources aux mouvements pour les unes prévisibles, pour les autres inattendues.

Les moyens ordinaires font rarement la différence. Leur mouvement prévisible peut être contré. En attendant le stratège sur ce terrain connu, l’adversité lui offre la possibilité de prendre une initiative qui la prendra à contre-pied !

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Stratagèmes chinois - Tableau synoptique

I. Stratagèmes de l’emprise

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1. Cacher dans la lumière / Mener l’Empereur en bateau. Ce qui est familier n’attire pas l’attention –. La lettre volée d’Edgar Poe est visible, donc elle n’est pas secrète.

Plutôt que de se protéger, user des représentations des autres pour mettre un projet en sécurité

2. L’eau fuit les hauteurs / Encercler Wei pour sauver Zhao. Construire la victoire en se réglant sur les mouvements de l’ennemi –L’offensive de Wei sur Zhao crée l’opportunité d’une attaque dans le vide de la défense de sa capitale.

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Plutôt que de se soumettre aux passions et aux initiatives de l’autre, être en réaction… profiter des vides, qui appellent des pleins, dans le système de forces de l’autre.

3. Le potentiel des autres / Tuer avec une épée d’emprunt. Si tu veux réaliser quelque chose, fait en sorte que d’autres le fassent pour toi. – En accomplissant leur travail en toute bonne conscience, chercheurs, médecins et journalistes œuvrent aux objectifs d’un groupe pharmaceutique.

Plutôt que de faire le travail en s’exposant à des contres de la part des autres, user des logiques d’autres acteurs et les orienter (les composer) pour qu’elles travaillent pour soi sans qu’ils le sachent.

4. Les vases communicants / Attendre tranquillement un ennemi qui s’épuise. Le stratège attire l’ennemi, il ne se fait pas attirer par lui. – Le président sortant, candidat à sa réélection, attend que les prétendants épuisent leurs cartouches avant de se déclarer en connaissance de cause et de l’emporter.

Plutôt que de se hâter dans une confrontation pleine d’ardeurs, de dispositifs offensifs et de… attendre la décrue des attaques pour s’avancer en terrain connu et dégagé (sans surprise)

5. Le chaos fertile / Piller les maisons qui brûlent. La première tâche consiste à se rendre invincible, les occasions de victoire sont fournies par les erreurs adverses – Un politique ambitieux s’engage dans le camp défait (vide) car plus porteur à terme que celui de la victoire (plein).

Plutôt que de s’exposer et se risquer dans l’attaque d’acteurs installés, profiter des moments de faiblesse pour s’emparer des valeurs.

6. La stratégie adore le vide / Mener grand bruit à l’Est pour attaquer à l’Ouest. Celui qui sait quand et où s’engager fait en sorte que l’autre ignore où et quand se défendre. – La cité assiégée impatiente, qui attend depuis longtemps de connaître la direction de l’offensive, n’est plus critique sur les signaux qu’elle reçoit enfin !

Plutôt que de se soumettre aux attentes des autres en leur envoyant les signaux qu’ils attendent, tendre leur attente de sorte qu’ils ne soient plus à même d’être critiques lorsqu’une information leur est livrée !

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II. Stratégies du fil du rasoir

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7. Créer à partir de rien / Transformer le mirage en réalité. Toute chose dans l’univers à été créée a partir de quelque chose qui vient du néant. – Le conseiller au chômage crée une illusion qui suscite un mouvement qui le rend riche puis indispensable.

Plutôt que se vanter ses propres mérites en vue d’acquérir une position, faire jouer les désirs et forces pour les faire contribuer à sa propre reconnaissance.

8. Vaincre dans l’ombre / Montée discrète à Chen Cang. Attaquer en pleine lumière, vaincre en secret. – Le Royaume de la Montagne fait ostensiblement réparer le pont de connexion avec le Royaume de la Plaine, puis l’envahie à partir d’un chemin escarpé.

9. Profiter de l’aveuglement / Observer l’incendie sur la berge en face. Le bon stratège maîtrise l’art du délai. – Le Martin Pêcheur et l’huître s’obstinent dans leur affrontement, la chouette et les crevettes les dévorent à la fin.

10. Le sourire du tigre / Cacher une épée dans un sourire. La bouche est aussi douce que le miel, mais l’estomac est aussi dangereux que le sabre. – Le dictateur fait exécuter publiquement qui lui conseille d’attaquer son voisin, puis annexe celui-ci.

11. Qui sait perdre gagne / Sacrifier le prunier pour sauver le pêcher. Sacrifier les détails pour réaliser de grands desseins. – Le sacrifice consenti du faible annule la force majeure adverse et crée les conditions de la victoire.

12. La chance se construit / Emmener un mouton en passant. L’occasion fait le larron. – Le candidat stagiaire adapte sa proposition en fonction de l’actualité de l’entreprise qu’il découvre.

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III. Stratagèmes d’attaque

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13. La pince des louanges / Battre l’herbe pour débusquer le serpent. Faire s’envoler avec des louanges puis saisir par des pinces. – En qualifiant de cheval le cerf qu’il offre au roi, le comploteur compte ses alliés à la cour.

14. Le potentiel du passé / Redonner vie à un cadavre. Celui qui peut agir ne se laisse pas manipuler. Celui qui ne peut plus rien faire supplie qu’on l’utilise. – Visitée en rêve, Jérusalem devient une cité sainte de la nouvelle religion.

15. La victoire par la situation / Amener le tigre à quitter la montagne. Le général ne demande pas la victoire à ses soldats mais à la situation. – Xénophon dispose le reste de ses troupes le dos à la montagne pour vaincre psychologiquement les Perses.

16. Lâcher pour saisir / Laisser courir pour mieux saisir. Avant de détruire, il faut construire ; avant d’affaiblir, il faut consolider ; avant de prendre, il faut donner. – Une brèche dans un siège crée un espoir grandissant qui affaiblit la volonté des encerclés d’en découdre.

17. Du plomb pour de l’or / Jeter une brique pour ramasser du jade. Octroyer un avantage momentané pour assurer une victoire durable ultérieure. – En séduisant la secrétaire, le chercheur obscur prend rendez-vous avec une sommité scientifique.

18. Le poisson pourrit par la tête / Pour capturer les bandits, mettez d’abord la main sur leur chef. Modeler l’esprit du général adverse. – En s’associant aux malades, le groupe pharmaceutique acquiert la connaissance tacite de leurs affections.

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IV. Stratagèmes du chaos

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19. Travailler en montagne / Retirer les bûches sous le chaudron. La faiblesse l’emporte sur la force – Le sage africain voit les racines du baobab, le reporter français décrit son tronc et ses branches.

20. La confusion opportune / Troubler l’eau pour attraper les poissons. Les temps difficiles créent les héros – En prenant la cause du braqueur, une cliente sauve ses économies.

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V. Stratagèmes d’annexion

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29. Enrôler la force adverse / Orner de fleurs un arbre sec. En l’absence de troupes, utilise celle de ton ennemi. Les gnous détallent devant le Renard accompagné docilement par le Lion.

30. Rendre l’inutile indispensable / Echanger les places de l’hôte et de l’invité. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Le presque SDF crée son statut en remplissant les vides dans la gestion de son amphitryon.

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VI. Stratagèmes des situations désespérées

31. La déception paradoxale / Stratagème de la belle. Un pas en arrière crée les conditions d’un bond futur – En accordant des faveurs qu’il n’est pas en mesure de refuser, le président qui a perdu les élections reprend l’initiative.

32. La faiblesse fatale / Stratagème de la ville vide. Lorsque le roi est nu, parader est le seul atout qui lui reste – A l’approche d’une armée ennemie à la supériorité écrasante, le général laisse les portes de la cité grandes ouvertes et s’en va jouer du luth sur la plus haute tour.

36. Grandeur de la fuite / La fuite est la suprême politique. Une bonne retraite vaut mieux qu’un mauvais combat. – Acculé, Mao Tsé Toung s’engage dans une Longue Marche qui lui assure les moyens d’une renaissance future.

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Comprendre et appliquer Sun Tzu : 2e édition disponible !

En librairie dès le 10 octobre 2007 et sur dunod.com !

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Par rapport à l’édition de 2004, vendue à plus de 15 000 exemplaires en français et traduite en portugais et en roumain, elle comprend :

  • une préface à la nouvelle édition,
  • six nouveaux stratagèmes,
  • un tableau synoptique contenant les intitulés traditionnels des vingt-cinq stratagèmes du livre, leurs titres originaux donnés par l’auteur, une citation emblématique de chacun des stratagèmes et l’histoire de référence qui s’y applique.

Bonne lecture !

L'intelligence du changement

La pensée chinoise, a fortiori dans sa déclinaison stratégique, part du tout pour aborder les parties. Elle s’attache en priorité à développer l’intelligence des situations dans lesquelles les acteurs sont immergés plutôt que d’envisager d’abord leurs points de vue particuliers, leurs supposées forces et faiblesses, atouts et handicaps fixes qui les qualifieraient de manière immuable indépendamment des conditions dans lesquelles ils se trouvent.

Cette approche, que l’on pourrait nommer environnementale, ne considère pas l’individu ou l’organisation comme coupé d’un monde sur lequel il, ou elle, se propose d’agir souverainement, mais comme partie prenante d’un ensemble dont il, ou elle, participe. Dans cette optique, un acteur ne compte plus que sur ses forces propres, distinctes d’un tout face auquel il se pose ou s’impose, mais il les harmonise avec cet ensemble englobant dont il tire profit des évolutions.

Comme, le temps qu’il fait, les acteurs, les situations ou les événements sont tous soumis à des mutations, voire des surprises, d’où l’importance fondamentale pour tout stratège, de sa vie ou de son organisation, de développer une intelligence du changement, ce dernier étant considéré comme la seule constante ! Derrière cette représentation se profile la dialectique du vide et du plein (du yin et du yang), de leur genèse réciproque et de leur transformation dans un mouvement permanent.

La stratégie contre la fatalité

Le succès de la première édition de ce livre témoigne de l’actualité d’une pensée stratégique, et de son texte de référence[1], dont l’origine remonte à près de vingt-cinq siècles. Plus que jamais aujourd’hui la familiarisation avec elle s’avère nécessaire pour tout un chacun et c’est à sa vulgarisation que cet ouvrage est consacré. Dans l’époque tumultueuse où nous vivons, elle représente un éloge de la fluidité, de la liberté et de l’ouverture d’esprit en même temps qu’une ode à la créativité astucieuse.

Par définition, la stratégie est contraire à la fatalité. Depuis que le monde est monde, elle n’a de cesse de faire mentir ce que les mécaniques prévisionnelles désignent comme inéluctable. Aux côtés, mais distincte, de la science, elle représente une entreprise des plus humaines et partagée qui soit, des plus spontanément nécessaires aussi. Dans sa version chinoise, elle s’inscrit particulièrement à l’encontre de prétendus modèles fixes et définitifs, assurant qu’il existe des méthodes infaillibles pour parvenir à ses fins. Comme s’il était envisageable d’enchaîner la volonté des autres hommes en leur dictant comment se comporter pour être en cohérence avec les attentes et vues de généralissimes aussi omnipotents que le dieu de l’évangile ! Ces illusions désastreuses oublient un détail, mais de taille, c’est que la réalité n’attend pas les lumières de tel ou tel stratège, si brillant soit-il, pour obtempérer à ses injonctions et obéir à ses définitions. Par bonheur, elle est autrement riche et malléable que ce que la seule linéarité de la raison enferme dans ses interprétations.

La voie chinoise de la stratégie est relationnelle, elle se définie toujours en fonction de la gamme des possibles qu’une situation recèle en elle-même. C’est en le révélant, puis en s’associant à ce potentiel qu’elle se manifeste. L’architecte sino-américain Pei, en charge de la réorganisation du Musée du Louvre, commença par ressentir et s’imprégner du lieu avant d’émettre une quelconque idée de plan. Pour lui, la majestueuse pyramide de verre qui le coiffe à présent était comme déjà contenue et portée par l’espace même de la Cour Napoléon. De là à dire que l’harmonie est stratégique il n’y a qu’un pas, mais cela nous entraînerait au-delà de cette simple préface[2]. A l’instar de la culture stratégique japonaise[3], celle de la Chine ancienne compte sur la sensation pour appréhender des tendances à l’état naissant. En se mettant à l’école de la nature, en l’accueillant avec sensibilité et perspicacité, le stratège devient à même de s’en faire une inspiratrice et une alliée. Se mettre à l’écoute amplifie ses capacités et fait naître des ouvertures et des scénarios que la seule réflexion isolée et coupée du réel ne saurait ni concevoir ni imaginer. De quoi méditer et sans doute appliquer dans les turbulences actuelles dont les fertilités demeurent à révéler !


[1] L’art de la guerre de Sun Tzu.

[2] Objet de travaux en cours.

[3] Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaise dans la société de la connaissance.

De l'usage du vide

Dans toute relation, la surabondance de plein (arguments, convictions, mobilisations, moyens..) impose la création de vide, au besoin par la destruction.

"Les objectifs de l'environnement"

Un lecteur écrit :

J'ai découvert votre site depuis peu et le suit maintenant régulièrement ; en effet, je fais moi-même certains "détours" par l'extrême-orient pour porter un regard différent sur les pratiques de management en entreprise. J'ai consacré du temps à l'apprentissage de la langue chinoise et à la fréquentation des penseurs chinois avec pour objectif de pénétrer cette autre manière de considérer le monde.
J'ai bien entendu lu plusieurs livres de François Jullien. Je vous solliciterais aujourd'hui pour votre point de vue.
La perception du 幾 ji (ce point départ de la transformation) requière selon FJ la disponibilité du stratège ou du sage. De l'autre côté, le discours managérial (et même au-delà) met en avant la fixation d'objectifs, de stratégies, ce qui, dans ma compréhension, ce qui limite d'autant la disponibilité que l'on cherche à tenir la ligne des objectifs fixés.
Est-ce que la notion d'objectifs est absente du vocable du stratège chinois ; je pense que non : qu'est-ce qui amenait les "grands" stratèges chinois à entrer en guerre contre leurs voisins, si ce n'est en se donnant des objectifs...
Il y a donc, chez le stratège chinois, une intention... Viser quelque chose, n'est-ce pas être moins disponible... Peut-on gérer/manager sans objectifs... ou avec une autre forme d'intentionalité ?
Si mon propos à cette heure tardive de la nuit n'est pas suffisamment clair, n'hésitez pas à me le signaler, j'essaierai de reformuler.

Des élements de réponse :

La perception comme point de départ, certainement. Peut-être pourrait-on aussi mentionner la participation, voire l'appartenance. Votre remarque met le doigt sur un aspect essentiel.

Je vous répondrai en mentionnant une autre culture de la stratégie, la japonaise, dont la référence centrale me parait être celle du duel, ou plus largement de la présence totale dans l'environnement. Dans ce contexte, les objectifs ne seraient pas le fait des acteurs eux-mêmes (samourai ou stratège) mais résulteraient des possibilités et des tendances sises dans l'environnement, ce qui renvoie à l'idée de potentiel. Tout l'art du stratège reviendrait à sentir, saisir ces tendances pour "coïncider avec" comme dit François Jullien, et parce qu'elle ne sont qu'à l'état de naissance (voir "Travailler dans la montagne" dans ce blog), il devient possible de les orienter avec intelligence et savoir-faire...

Un maître de kyudo japonais disait que ce n'était pas lui qui lachait la flèche car quelque chose tirait à travers lui. L'environnement ainsi "se manifestait" parce que l'archer s'est mis en situation de parfaite concordance avec lui. On retrouve cela dans les "communautés stratégiques de connaissance" présentées dans "Le réveil du samouraï" (voir ce blog).

Le sujet que vous soulevez est absolument central pour la compréhension et l'usage des lignes de force des cultures stratégiques chinoise et japonaise. Affaire à suivre... !

Les dangers du "bon droit"

L’objet de la stratégie est l’efficacité, plutôt à moyen ou long qu’à court terme. Dans une situation désespérée, rassembler ses dernières forces en vue d’un affrontement est souvent fatal. Cet effort ultime représente le meilleur des points d’appui pour un adversaire en position de force et qui a accumulé tous les arguments d’une victoire mathématiquement promise.

Selon le  stratagème 31 (Les délices de Capoue), plutôt que de créer une occasion, favorable à l’autre, pour en finir au moyen d’un engagement classique (Zheng), il est avantageux d’anticiper en offrant au futur vainqueur, comme sur un plateau, la possibilité de réaliser ce statut alors qu’il lui reste encore quelque chose à parachever. Pour un stratège avisé, cela revient à transformer quelques miettes de liberté d’action tactique immédiate, en un investissement stratégique à long terme. Cette manœuvre Ji, qui magnifie le vainqueur et sa victoire apparemment absolue, le pousse à consommer et à dispenser ses forces au delà du raisonnable, dans l’illusion qu’il n’a plus d’adversaire. Ce faisant, il crée les conditions de la renaissance de l’opposition.

Ce stratagème applique le principe de travailler en montagne qui consiste à ne pas se laisser obnubiler par des données immédiates défavorables, mais au contraire à considérer les possibles stratégiques qui font et défont les situations présentes. En se détournant de la lutte, on atténue les effets de la défaite en travaillant aux conditions de la revanche. Cela revient à quitter le cours d’une montée aux extrêmes et d’une crispation dont l’issue a toutes les chances d’être fatale.

Paradoxe et transformation

Le paradoxe et la transformation sont au cœur de la culture stratégique chinoise. Ils renvoient tous deux au symbole bien connu du yin et du yang. Nombre de stratagèmes s’articulent sur un paradoxe : cacher dans la lumière (1), donner pour prendre (16), la liberté des chaînes (35)… Mettre en œuvre la faiblesse de la force, ou son contraire la force de la faiblesse (11), procède à la fois du paradoxe et de la transformation car, non seulement l’une découle de l’autre, mais est la perspective de l’autre.

Trouver la faiblesse dans le force consiste à ne pas s’attacher exclusivement à ce qui se voit, à ce qui est, temporairement, ici et maintenant, mais à ce qui fonde stratégiquement force ou faiblesse (voir l’eau fuit les hauteurs, 2) pour travailler en montagne (19) soit en amont du manifeste. Dépendre du seul point de vue tactique des apparences ne permet pas de mettre en œuvre une pensée stratégique, libre et volontaire. Dès lors que l’on considère que la transformation est la règle, il n’existe plus d’état, ou de décision ferme, définitive ou inaltérable.

D’un point de vue méthodologique, il est avantageux d’appliquer le miroir inverse du yin et du yang à toute situation difficile ou conflictuelle pour y dégager des marges de manœuvre et d’action. Derrière le blanc (yang, force manifeste) il y a du noir qui le fonde et un point de yin en expansion. Développer ce type d’appréhension du réel est une première étape pour en manipuler ou en orienter les transformations, qui, indépendamment de la volonté propre des acteurs, sont… disponibles pour qui sait en user avec tact et délicatesse !