Economie des moyens et communication
Les communications, largement entendues, sont l’élément le plus important de la stratégie.
Antoine-Henri de Jomini
« L’économie des moyens est un principe d’optimisation des ressources disponibles, mises en système au service des fins que la stratégie sert »[1]
Napoléon Bonaparte estimait une armée réunie quand elle forme un système dont… toutes les parties coordonnées entre elles, sont capables de se concentrer malgré l’ennemi. Pour Carl von Clausewitz, il s’agit d’un principe d’après lequel il faut toujours veiller à la coopération de toutes les forces, en d’autres termes qu’aucune fraction ne reste inactive. Selon Ferdinand Foch cela recouvre l’art de peser successivement sur les résistances que l’on rencontre du poids de toutes ses forces et pour ce faire les monter en système… Affecter le gros de ses forces au but principal… et le faire communiquer avec les accessoires. Julian Corbett, appliquant ce principe à la stratégie maritime britannique, lui définit comme objet de couvrir la plus grande surface possible tout en conservant souplesse et cohésion, de façon à assurer … une réunion rapide et sûre de l’ensemble au centre stratégique.
« L’économie des moyens consiste à tirer le maximum de profit des ressources disponibles en en dépensant le moins afin d’élargir les dimensions, la portée et l’efficacité de l’action » (id.).
Avec le principe de liberté d’action, l’économie des moyens constitue selon Jean-Marie Mathey les deux hyperprincipes de la culture stratégique à la française. Il n’est pas, à notre sens, utile de rajouter celui de concentration qui en découle. Une véritable concentration est l’effet d’une habile dispersion dans l’espace et le temps de moyens articulés en un système communiquant. Disperser et rassembler des moyens finalisés pour réaliser le plus grand effet représente la boussole du principe d’économie des forces. Pour Sun Tzu, le fin du fin consiste à utiliser les moyens d’autres acteurs dont on instrumentalise la stratégie du fait de l’intelligence que l’on développe sur les fins qu’ils poursuivent et les stratégies qu’ils mettent en oeuvre.
Les réseaux de communication électronique permettent de considérables gains de temps en mobilisant des composantes hétérogènes spatialement dispersées mais rassemblées virtuellement dans un méta-système orienté (voir Le réveil du samouraï et la gestion du savoir au Japon). Au sein d’un tel système distribué en filet, l’information représente l’influx de base de cette virtualisation du principe d’économie. De cette articulation en réseau, résulte l’action d’un seul et même organisme dans ses adaptations en temps réel au service d’une finalité partagée. Les bases de connaissance qui centralisent l’information nécessaire à la conduite d’un projet ou d’un dessein constituent un élément stratégique déterminant. Véritables cerveaux collectifs, elles articulent des voies de communication pyramidale et horizontale qui assurent la vie d’une connaissance accumulée et en interaction permanente et intelligente avec les flux.
[1] La maîtrise de l’interaction, Pierre Fayard, Zéro Heure, Paris 2000. Exemplaire numérique gratuit sur demande à l’auteur.
