Autant dans la stratégie en général, que plus particulièrement dans la séduction, l'inspiration chinoise traditionnelle incite à ne pas agir seul et séparé de l'environnement de qui l'on se propose de séduire. Mais si la supprématie de cette pensée qui a traversée vingt-cinq siècles s'impose aujourd'hui, on aurait tord de l'enfermer danzs un nouveau dogmatisme contraire à la stratégie elle-même !
Pourquoi faire long et compliqué lorsque l'objectif est à portée de main et avec sécurité, demeure un principe de bon sens même s'il relève d'une modalité stratégique très directe.
Il y a plus à gagner dans la compréhension et la stimulation d'un dialogue avec ses propres traditions stratégiques, que dans de vaincs efforts de singerie qui ne garantissent que l'assurance d'un train de retard, pour ne pas dire d'une guerre. Pour Albert Jacquard, bien plus que l'âge de nos artères, c'est celui de nos algèbres qui nous caractérise, soit au réagencement des représentations, à l'intégration de nouvelles et à la modification de schémas de pensée. La mondialisation ne signifie pas appauvrissement de connaissance bien au contraire, elle se traduit dans un défi où la science de l'altérité et l'aptitude à réaliser des synthèses dynamiques et opérationnelles font la différence. Rejeter la spécificité du particulier, ou du local, revient à se priver de son génie propre. C'est en s'inspirant des autres et en se fertilisant de leurs apports que l'on joue créatif et gagnant dans le concert de la séduction, ou des nations.
Aujourd'hui se limiter à, l'exclusive d'
une culture de la stratégie ne donne pas de résultats durables. S'il arrive que le
French flair, contre toute attente, vienne à bout de
All Black superfavoris au Mondial 1999 dee rugby, se cantonner à cette seule source miraculeuse si française dans son inspiration, n'assure pas à elle seule la réussite finale en l'occurence. Même en dominant de la tête, des épaules et des hanches, la prévisibilité est si souvent contre-stratégique, comme le montre à l'envi le principe de liberté d'action. Le séducteur que tout annonce, attendu au tournant, voit ses avantages émoussés et ses menées stratégiques déçues avant même qu'elles ne s'actualisent !
S'enrichir stratégiquement des autres cultures suppose de s'ouvrir à un travail de l'incertain, à un effort où l'on ne cherche pas à aboutir trop tôt à coups de conclusions péremptoires et définitives. Le travail de la nuance, comme l'éductation de la sensibilité, accepte l'instabilité du jugement dans lequel tout n'est pas su, et pour cause car cela signifierait se priver d'un potentiel non perçu ! Si l'on connaissait avec exhaustivité les tenants et aboutissants, et toute la palette des valeurs propres à une autre culture, serait-elle vraiment une autre culture ?
Dans son commentaire sur la guerre coloniale, le Maréchal Lyautey soulignait que l'on ne prend pas une place, sans égard pour les pertes que l'on inflige, si l'on se propose d'y ouvrir un marché le lendemain. De quel profit serait la conquête d'une province acquise au prix de la dévastation, écrivait Sun Tzu plus de vingt-quatre siècle en arrière ? Comment assurer la continuité d'une séduction faite de tromperie et de mensonge ? Réduire la séduction à des procédés de manipulation procède d'une courte vue car elle n'assure pas la durée et stimule aussi l'esprit de revanche.
Qu'elle soit directe, indirecte, ou plus subtile encore, la séduction s'adresse au désir et à la volonté de l'autre dans ce qu'il, oui qu'elle, cherche comme complément à ses aspirations. Même le charme, qui peut aussi conduire à des effets désastreux et dévastateurs, ne fonctionne pas en s'opposant à la volonté de l'autre. Apprenons avec l'autre sans exiger de disposer de l'intégralité de la partition sous contrôle.
Aller plus loin : SUN TZU. STRATEGIE ET SEDUCTIONSortie le 7 octobre 2009.