Attaquer en pleine lumière, mais vaincre en secret
Sun Tzu
Le 1er stratagème (cacher dans la lumière) dissimule l’intention de conquête sous des dehors banals et inoffensifs qui suppriment les points d’appui à la résistance de la cible. Il diffère de la séduction de type coq, compulsive et directe, saturée de clichés éculés, de modalités obsessionnelles, de promesses sans fondements sérieux, de volonté a priori et explicite… Un tel appareillage standardisé rend le jeu de la séduction prévisible (donc vulnérable), sans piment ni créativité et pour tout dire gonflant. Quelle saveur, pour la personne désirée, qu’une offensive qui livre tout d’elle-même, au point d’en oublier la part de l’ombre, qui aménage si peu de place au glissement progressif d’une écriture à deux, et n’offre d’autre alternative à l’être désiré que d’obtempérer ou… de se dérober ?
On en rajoute, on en rajoute et l’on en fait toujours trop !
Pour se rencontrer il faut être deux, c’est pourquoi la page blanche est préférable.
C’est quand qu’tu sombres Baby ?
La stratégie du ça passe ou ça casse, machiste et enfantine, déroule un scénario préétabli, un dialogue fermé sur une attente, une perspective finie et limitée dont l’indigence une fois consommée laisse sur sa soif. L’ouverture du jeu et de l’interaction y est faible et étriquée. Au final, si le prétendant est éconduit, il se retrouve aussi seul qu’il ne l’était dans le déroulé schizophrénique de son opération de séduction compulsive.
L’air de rien, je suis là par hasard
L’usage du stratagème Cacher dans la lumière, est d’autant plus adapté que le milieu où il se déroule est fortement chargé en tensions séductrices (…). Alors que tous et toutes souscrivent au scénario général de la drague ostensible, le dragueur masqué dans sa situation non exposée a tout loisir de progresser en connaissance, et peu à peu en reconnaissance de… son originalité discrète soulignée de manière croissante à mesure que les feux de la fêtes s’assourdissent, assourdissent et perdent en saveurs et promesses.
Une option éminemment stratégique
Parfaite application du principe de liberté d’action : le dragueur masqué ne subit pas les options de jeu des autres ni les contraintes de la situation générale. Le principe de liberté d’action est une mesure d’indépendance. En pleine sécurité, son intelligence de la situation le rend à même d’attendre que se présente le temps et le lieu opportuns de l’action. L’économie des forces, mesure d’optimisation de l’usage des moyens disponibles, qui vise à obtenir le plus en dépensant le moins, s’applique avec maestria dans cette ruse de drague, notamment au travers du rythme. Nul besoin d’atours recherchés ou de don-juanisme coûteux puisque le dragueur masqué ne s’affiche pas, en apparence. Le vêtement simple, en rupture, souligne l’originalité, l’indépendance, et… l’intérêt !
Le dragueur masqué fait contraste
Par rapport au trop plein des dragueurs déclarés, le vide d’intention est reposant et attirant comme l’ombre alors que la lumière aveugle. Il est plus aisé de briller dans le noir que dans la pleine clarté du jour, surtout lorsque des astres plus chatoyants les uns que les autres s’escriment à qui mieux mieux à proclamer et exiger je-suis-regardez-moi, je-suis-regardez-moi, mais-je-suis…
Le dragueur masqué dispose du temps pour lui, là où les déclarés s’angoissent du temps qui passe car la brillance s’essouffle et le désespoir menace de ne pouvoir conclure avant que les fleurs ne se fanent… Qu’il est dur de se maintenir au top dans le soleil, dans l’arène, sur le fait de capacités poussées à leurs limites, à la merci des taches d’ombre prêtes à surgir à tout moment aux yeux de tous sur les défauts de la cuirasse !
Instant critique, les options s’ouvrent.
Alors que les déclarés n’ont plus de fuel, le masqué est plein d’une énergie qu’il peut lâcher selon son bon vouloir. Mais pour lui l’instant devient critique, car il ne doit pas apparaître qu’il développait un stratagème, art difficile susceptible à tout moment d’inverser ses effets. Le masqué doit faire montre d’authenticité, en aucun cas se précipiter sur une Luciole en manque d’ombre où révéler la sincérité simple de son désir.
Là où il n’y a rien à défendre, on ne sait attaquer
De fil en aiguille, la situation crée la séduction effective !
La Luciole qui s’est brûlée les ailes dans la compétition aigue des apparences, se livre et livre les chemins à emprunter pour l’atteindre. Comment ne pas s’abandonner à la sincérité puisque le masqué n’est pas un déclaré ! Mais, comme il risque de partir tant le milieu lui semble étranger, il faut le retenir lui qui repose et qui contraste. Comment ? Mais avec plus d’authenticité, de sincérité et de révélations… Sise dans le charme paisible de la pénombre, la Luciole en confiance se fait plus proche alors que le dragueur masqué lui rend service avec détachement. A l’encontre de sa retenue, la Luciole en rajoute, découvre ses pétales et se donne à comprendre…
Références :
1. Stratagème numéro 1 : Cacher dans la lumière
2. Liberté d’action et information
3. Economie des moyens et communication