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Pierre Fayard est professeur à l'université de Poitiers et directeur du Centre franco-brésilien de documentation scientifique et technique (CENDOTEC) de Sao Paulo.
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Pourquoi les armes sont des instruments de mauvais augure ?

Comment interpréter cette citation des plus utilisées de Sun Tzu ? Certes les armes sont destructives, aléatoires dans leurs résultats et leur usage entraîne souvent des ressentiments coûteux à gérer, ce qui est fort peu économique. Cela, il va sans dire, ne les condamne pas pour autant à l’inutilité !

Les armes, par définition, sont conçues et fabriquées pour servir. De ce fait, tout en elles, prédispose à des usages conformes à leur nature : tuer et détruire, que cela soit pour la défense, l’attaque ou encore la dissuasion. Pour Sun Tzu, elles représentent des instruments du dernier recours, lorsque tous les autres ont échoués. Dans cet ordre d’idées, une autre mention de l’art de la guerre s’impose, celle où il est dit qu’il faut de préférence s’attaquer à l’esprit de l’ennemi ou encore à sa stratégie de préférence à ses dispositions, ses troupes et ses moyens ou encore à ses places fortes de quelque espèce qu’elles soient.

Mais la libre disposition des armes a par ailleurs un effet sur celui qui les détient, et c’est aussi dans ce sens là qu’il est possible d’interpréter cette affirmation de Sun Tzu. Qui les possède est incité à croire en leur effet absolu et définitif et cela d’autant plus qu’elles sont puissantes et redoutables. Alors, pourquoi chercher midi à quatorze heure lorsque l’on dispose d’un tel pouvoir de contrainte à court terme ? La possession de la force s’accompagne d’un effet naturel de réduction de l’usage de l’intelligence et d’une pensée complexe prenant en compte le long terme, les particularités des autres, la diversité et le potentiel des situations que l’on rencontre.

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Commentaires

L'idée que les armes sont de mauvais augure est vraiment très intéressante. C'est une expérience que l'on peut réaliser dans différents champs d'activité. Ayant été éducateur de rue dans différents quartiers, j'ai pu constater que, lorsqu'il s'agissait de démarrer une intervention sur un territoire qui n'avait encore fait l'objet d'une action sociale de ce type, la plus grande force résidait dans ce que nous avions appelé alors la « vulnérabilité paradoxale ».
Nous arrivons dénués de volontés précise à l'égard des personnes, avec la plus grande disponibilité et l'intention de découvrir la vie sociale du quartier considéré. Se mettre en situation de demander de l'information aux jeunes habitants mêmes, c'est-à-dire ceux qui sont considérés comme dangereux du fait des actes délictueux qu'ils commettent, permet d'attirer une attention curieuse de la part de nos interlocuteurs parce que, précisément, nous n'apparaissons pas comme marqués par la peur caractérisant l'ensemble des personnes qui débarquent dans ces quartiers et qui en parlent.
En se présentant comme « désinformé », nous semblons ignorer toute la mauvaise réputation qui affecte le territoire en question et donc comme n'en étant pas porteur. De manière complémentaire, nous laissons à notre vis-à-vis la capacité d'initiative d'endosser une image forte liée à la détention d'une connaissance spécifique des lieux. De cette façon, nous déterminons préalablement les rôles que nous avons à jouer l'un et l'autre : l'un sait, l'autre apprend, mais dans une configuration inverse. En effet, ce renversement du pouvoir où finalement le travailleur social laisse son statut de côté avec ce que cela suppose de capacité qu'il aurait à faire obtenir des allocations sociales ou tout autre bénéfice relationnel et institutionnel est très fructueux. Il donne le sentiment à celui qui est habitué à un style de relations avec les professionnels de l'action sociale qu'il peut se redéfinir et être influent dans un échange dont il lui semble qu'il en élabore alors les règles.
Ainsi, dans notre réflexion, ce que l'on peut considérer comme étant des armes, c'est aussi l'affirmation d'un rôle conformément aux représentations que l'on est habitué à jouer les uns les autres dans ce type d'échanges avec les publics abordés dans des environnements défavorisés. Ici, autrui se trouve surpris de s'inscrire dans une dimension positive, c'est-à-dire dans un échange dans lequel il est sollicité pour ses savoirs, alors qu'en général, il est plutôt considéré, ou déprécié du fait de son absence de savoir supposée et du rôle négatif dans lequel il s'enferme tant pour lui que dans le regard des autres. Ainsi, en intégrant fortement l'idée qu'il n'a rien à perdre parce qu'il n'a rien à défendre, mais tout à gagner d'une relation libre et détendue, le travailleur social, conquiert progressivement du pouvoir d'action, tout en permettant à celui auquel s'adresse d'en acquérir également.

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