Bienvenue sur le Blog Comprendre et appliquer Sun Tzu !


Bienvenue sur le blog de la pensée de Sun Tzu au quotidien, prolongation interactive des livres « Sun Tzu, Stratégie de la Séduction », « Le Réveil du Samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance » et « Comprendre et appliquer Sun Tzu. La pensée stratégique chinoise : une sagesse en action ».

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par DUNOD

L'AUTEUR

Pierre Fayard
Pierre Fayard est professeur à l'Université de Poitiers, détaché comme Conseiller Culturel et de Coopération à l'Ambassade de France au Pérou.
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LES LIVRES

  • 4e DE COUVERTURE
  • 4ème de couverture
  • TABLE DES MATIERES
  • EXTRAITS
  • AVANT-PROPOS


  • Comprendre et appliquer Sun Tzu

    Sun tzu - Stratégie et séduction

    Le réveil du Samouraï

« janvier 2010 | Accueil | mars 2010 »

11 février 2010

LES CONSEILS DE SUN TZU (3)

Le vide est conquérant !


 

Rédigé à 22:33 dans STRATEGIE | Lien permanent | Commentaires (8) | TrackBack (0)

JAPON, UNE CULTURE STRATEGIQUE INSULAIRE

 

LES CULTURES STRATEGIQUES DE L’IMMEDIAT

L’EXEMPLE DU BRESIL ET DU JAPON (7)

 

BUDO  Le Japon est un archipel sans profondeur territoriale, soumis à la violence du feu des volcans et aux raz de marée. Pays pauvre en  richesses naturelles, on y apprend très tôt l’interdépendance aux enfants et l’esprit de veille : point de salut en dehors du groupe, impératif d’importation d’idées et d’exportation de produits améliorés. Les ressources humaines sont à la base de la survie et du développement de ce pays qui s’est longtemps considéré comme singulier, soit ni d’Asie ni d’Occident.

Ce que la pénurie d’espace ne lui permet pas en termes de marge de manœuvre, il se le procure dans une maîtrise incomparable de rythmes courts fondés sur un investissement total dans la présence et l’attention. Dans son histoire, sa première ligne de défense, la mer, le préserva longtemps des invasions jusqu’à l’ultimatum du Commodore Perry en 1853, enjoignant par la force son ouverture internationale. Devant l’urgence et la nécessité, l’empereur Meiji mobilisa une composante spécifique de la culture japonaise à savoir la tradition martiale du budo, la voie du samouraï, et cela au détriment de la culture raffinée de l’ère Edo, ancien nom de Tokyo.

 

If you consciouly try to thwart opponents, you are already late[i] !

 

Au Japon, l’espace maritime établit une distinction claire et évidente entre le même, qui rassemble les habitants de l’archipel, et les autres, soit l’ensemble peu différencié de tous ceux qui vivent dans cet ailleurs lointain qu’est l’outre-mer. Cette différenciation explicite est commune à toutes les cultures insulaires et on la retrouve autant en Corse qu’en Sicile, dans les îles britanniques, à Cuba…

Des traits de comportement commun distinguent entre les insulaires et les continentaux dans la manière de se représenter l’identité, l’altérité, l’interaction des volontés et l’usage de l’information. Marginalement asiatique, le Japon est japonais dans toute la singularité du terme. Si la mer est une protection contre des incursions étrangères, la vulnérabilité est grande si elle manque à cette fonction[ii].


L’avantage de cette frontière ouverte peut se retourner contre des insulaires dépourvus en tradition de défense du territoire. C’est ce qui a conduit les souverains britanniques à déclarer les côtes adverses comme leurs vraies frontières stratégiques, et à développer une excellence dans la maîtrise maritime[iii].

Outre le savoir-faire logistique, toute puissance insulaire met en place des services d’intelligence pour lutter contre le handicap de la distance et pour accumuler de l’information sur les puissances continentales[iv]. Monter une expédition outre-mer oblige à calibrer l’effort en fonction des conditions d’atteinte mais aussi des dispositions adverses qu’il faut connaître !

 

La situation insulaire fait souvent le lit de mentalités collectives prédatrices qui unissent ceux qui sont d’un coté du Channel, de la Mer de Chine ou du Golfe du Lion, face aux réalités continentales assimilées à des proies. De la mise en commun nécessaire de l’information découle ce que d’aucuns qualifient de véritable culture de l’information, soit de son partage et de son optimisation. Se rendre sur le continent suppose de planifier deux ruptures de charge : la première à l’embarquement et la seconde au débarquement dans des conditions qui peuvent être hostiles, du fait même de la différence !

La distinction entre insulaires et continentaux reprend en quelque sorte celle qui oppose nomades et sédentaires dans la capacité de mouvement et de surprise. Sans limites sur l’élément maritime, les insulaires, lorsqu’ils contrôlent l’espace de la communication, disposent de la liberté d’action et de l’initiative par rapport à des continentaux, acculés à une défensive en tous points de la côte.

Comme la puissance britannique une fois son unification insulaire achevée, le Japon se tourna vers la conquête extérieure. Auparavant, il avait largement importé de Chine et de Corée : écriture, philosophies, jeux, religions et artisanat, et jusqu’au grand classique de l’art de la guerre de Sun Tzu[v]. Le Japon est néanmoins un transformateur qui a toujours nipponisé, souvent en les améliorant, ces apports et acquisitions externes.

Référence : Le réveil du samouraï. Culture et stratégie japonaises dans la société de la connaissance, Dunod.


A SUIVRE : BUDO, LA VOIE DU GUERRIER (8)



[i] Si vous cherchez consciemment à vous opposer à votre ennemi, vous êtes déjà en retard. Traité sur les cinq roues, Miyamoto Musashi.

[ii] Par deux fois des armées mongoles prirent pieds sur les plages de l’Est du Japon sans pouvoir y établir des têtes de pont et virent dans les deux cas les escadres en appuis disparaîtrent à la suite d’un typhon…

[iii] Voir l’excellent livre de Julian Corbett sur La stratégie maritime, cf. bibliographie.

[iv] Cette tendance existe autant au niveau des Etats que des différentes formes de mafias.

[v] Nous recommandons à ce propos la version de L’art de la guerre, traduite et commentée par Jean Lévi.

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10 février 2010

CULTURE STRATEGIQUE AFRICAINE


Awélé  Quels repères stratégiques pour les décideurs africains ?

Est-il possible de promouvoir les intérêts de l’Afrique en ignorant toute notion de stratégie africaine ?

Par Guy Gweth, http://www.grioo.com/ar,quels_reperes_strategiques_pour_les_decideurs_africains_,18604.html

Rédigé à 23:43 dans CULTURES STRATEGIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

09 février 2010

SEDUIRE AVEC L'AUTRE

AIKIDO ET SEDUCTION (1)

O sensei  La séduction est une transformation qui repose sur une dynamique relationnelle qui s’enrichit au fil des relations. La référence caricaturale à un couple où l’un ne serait que passif et l’autre exclusivement actif, ne tient pas un instant. Sous ses apparences rassurantes, une telle représentation des choses abuse, et en définitive frustre. Quel attrait et quel intérêt pour une séduction qui ne serait que l’exécution d’un désir, d’une formule ou d’une méthode, qu’il s’agirait d’appliquer à un autre que l’on traite plus en temps qu’objet que sujet ?

    Toute la machinerie des pick up artists, adeptes du fast dating ou encore de la speed seduction… venue des Etats Unis d’Amérique s’inscrit pourtant dans cette tendance techniciste, où au final, même si l'homme, ou la femme, "tombe", le séducteur se retrouve exclu de la séduction car ce n’est pas lui qui a séduit mais un ensemble de formules qui lui a donné l’apparence d’une victoire dans laquelle il n'est pas vraiment.

    Un tel "séducteur" est absent, réfractaire à cette alchimie évolutive qui est l’essence de la séduction. Il a exécuté un scénario écrit par d’autres, pas par lui et c’est bien naturel qu’il ne s’y retrouve pas ! La séduction procède d’un drame vital qui se joue avec la même sincérité que le doit l’entreprise à son marché, ou une administration à ses usagers.

C’est par l’union des souffles et des rythmes que le séducteur conduit la dynamique d’ensemble d’une relation. Il n’agit ni contre, ni à l’encontre de l’autre, mais en se fondant dans un mouvement qui n’appartient à personne en particulier mais qui révèle les germes d’une harmonie qui se déploie, ou… qui échoue étant non avenue !

Sentir l’autre signifie recevoir ce qu’il est, ce qui le caractérise, sans intention de le détruire ou de s’y opposer, et cela à partir de ce que l’on est, ce qui signifie aussi s’accepter. Cette présence et ce partage se traduisent dans le mouvement qui préserve dans le cas d’une agression extérieure, sans passer par la lenteur fatale d’un raisonnement intellectuel. 

A SUIVRE

 

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08 février 2010

BRESIL, O jeitinho brasileiro


LES CULTURES STRATEGIQUES DE L'IMMEDIAT

L'EXEMPLE DU BRÉSIL ET DU JAPON (6)

 

Is  La figure emblématique du jeitinho[1] ne saurait résumer la culture stratégique du Brésil, mais elle participe néanmoins de ses origines et de sa réalité présente. Jeito vient du verbe ajeitar qui signifie arranger, apprêter et disposer de manière spécifique. Au Brésil, on dit que pour chaque situation un peu complexe ou bloquée, il existe une manière d’en sortir au moyen d’un truc, d’un tour, d’une ruse, d’un expédient peu conventionnel mais qui marche, autrement dit d’un jeito.

L’anthropologue brésilien Roberto da Matta[2] le définit comme une pratique sociale destinée à résoudre les conflits, apte à rendre compatibles des intérêts et à créer des alternatives originales pour chaque situation problématique, et à assouplir les processus de décision[3]. Le jeito est avant tout un biais, une pratique astucieuse, souvent un peu limite, voire totalement. Alors que ruses et stratagèmes apparaissent comme des adjuvants, parfois nécessaires et complémentaires dans certaines cultures stratégiques occidentales, au Brésil le jeito s’affirme comme un mode majeur au point de représenter une tendance caractéristique dans la société.


Un jeito se traduit par un procédé économique et élégant pour se sortir dans l'instant, de manière imprévue et à très court terme d'un mauvais pas ou pour tirer profit d'un avantage soudain. Il existe des jeitos de toute sorte et tous les domaines d’application peuvent être justifiable de son usage. Le penalty retardé de Pelê est un exemple de jeito sportif. En différant sa frappe, Pelê trompe le gardien qui s’élance dans une direction et Pelê a le temps d’ajuster sa frappe en connaissance de cause et de marquer !

Le jeito met en jeu l'intelligence, l'inventivité et la rapidité et il défie la prétention de réguler affichée par les normes établies. Contre et envers quoi que  ce soit, le jeito revendique et démontre par son activité et par son efficacité que le "je", soit la liberté de l'acteur, ne saurait être enfermée dans le carcan d’une logique causale et déterministe.

Derrière le recours au jeito, se profile une représentation du monde dans lequel on ne peut survivre honorablement en respectant des réglementations faites par et pour d’autres que soi. Au gré des situations et des circonstances, chacun se voit placé dans l'obligation de corriger cet ordre et de le subvertir à sa manière au moyen de solutions individuelles et inspirées[5] !

Puisque les choses sont mal faites, le "je" doit nécessairement redistribuer les cartes selon une idée géniale et opérationnelle qui ouvre une issue favorable immédiate pour se tirer d’affaire. En termes tactiques, cela se traduit par une capacité véloce à établir rapidement des relations originales et profitables entre les éléments qui caractérisent la situation bloquée en question...

A Cuba, une traduction du jeito s’incarne dans le concept de miracle permanent. Puisque la seule considération rationnelle des conditions démontre à l’envi que rien n’est possible, il n’y a  d’autre recours que d’inventer une manière de faire mentir cette logique insupportable et non conforme aux besoins des personnes.


L’aptitude au jeitinho suppose une grande sensibilité doublée d'une pertinence fine et instantanée dans le traitement du signal faible et de l'information. L’introduction d’une perturbation dans l’agencement et l’agenda logique d’une situation fonctionne à la manière de procéder des dits spin-doctors, qui par la sélectivité et l’emphase qu’ils opéraient sur les nouvelles et les rumeurs liées à la couverture médiatique de la préparation de la guerre du Kosovo, visaient à orienter les choix des opinions publiques occidentales.

En percevant de manière intuitive et sans a priori rythmes, implications et contraintes qui président aux intentions et aux tendances en œuvre, les personnes doués de jeito débusquent des ouvertures là où la rationalité d'une analyse n'en identifiait aucune. En cela le jeito a quelque chose quasiment de "miraculeux" et magique dans son pied de nez aux canons et aux conventions établies. Lorsque considérer une situation posément est l'assurance de l'échec, lorsque le temps manque et la logique travaille contre soi, la planification n’est d’aucun secours.

Conviction intérieure, état d’esprit et grande confiance en soi se conjuguent pour inventer ou débusquer une issue favorable jouée prestement. Le jeito ne manifeste pas de signes annonciateurs. Comme dans un duel de samouraïs, il surgit comme l’éclair sans que l'épaisseur d'un cheveu ne s’immisce entre l'identification du moment propice et sa saisie. Comme dans la métis, il répugne aux choses trop définies car contraires aux possibles de la liberté d’action. Il privilégie au contraire l'obscur et l'indéfini qui recèlent un fort potentiel de bifurcations.

Dans la terminologie chinoise de la stratégie, il désigne la force non conventionnelle, ch'i ou ji (Sun Tzu), celle qui est "merveilleuse" et qui permet de transformer toute situation en jouant sur la polarité des forces orthodoxes (cheng ou zheng) d’une part et les "extraordinaires" d’autre part.


Le jeito économise le coût de l’opposition frontale,  au besoin en empruntant quelque distance quant à l’éthique ou en versant dans la roublardise. Comme toute bonne stratégie, il revendique liberté et créativité et s’adapte à la réalité dans les termes avec lesquels elle se présente. Cela dit, son schéma est tactique plus que stratégique car le jeito est immédiatiste.

Comme le stratagème, il ne s’impose pas ex-catedra, a priori, mais il dérive des caractéristiques mêmes qu’une situation porte en elle et qui indiquent la voie au jeito comme la nuit n’existe que par le jour. Tout investissement ou posture trop stricte ou trop définitive restreint la marge de mouvement et l’éventail de ce qui est concevable. Une fois qu’une solution est trouvée, le jeito disparaît et cela représente la condition d’une nouvelle émergence sans qu’il puisse se voir opposer une contre-stratégie qui le rendrait inefficace.

C’est la capacité au jeito qui est importante et non une quelconque base de données de procédés. Chaque personne comme chaque situation dans sa singularité, est porteuse de potentiels et d’habilités propres. On ne se vante pas d’un jeitinho parce que par définition, il procède du non-recommandable, de l’ombre et de la pénombre, de la limite, de la marge, de l’extrême, en anglais on dirait qu’il est borderline et c’est pourquoi il est efficace !

Il pose la supériorité de la personne à la norme entendue comme dévalorisante, emprisonnant et contraire à la liberté. Il se traduit sous la forme d’une intelligence situationnelle qui se manifeste à l’encontre d’états de faits contre lesquels, l’action conventionnelle est impuissante.

Lorsqu’un problème survient aux Etats Unis,  plaisantent les Brésiliens, on recommande de consulter la notice, texte explicite d’un processus qui dit comment les choses doivent fonctionner. Au Brésil en revanche, on ne s’attarde pas à de semblables considérations : on invente un jeito porteur de solutions individuelles, non généralisables, et qui défait momentanément l’absurdité de règles qui doivent nécessairement être interprétées. La personne l’emporte sur la procédure.


Les réseaux relationnels sont propices aux  jeitos et l’institution officieuse du despachante est éloquente en la matière. Le despachante est  un professionnel dont le tissu relationnel permet des prestations coupe-fil qui font gagner un temps précieux dans des démarches administratives complexes et interminables. La profession, tolérée, a pignon sur rue. En mettant de l’huile dans les rouages, elle renforce paradoxalement le fonctionnement et la légitimité de l’administration puisqu’il existe un biais pour s’émanciper de ses pesanteurs !


A SUIVRE : JAPON, UNE CULTURE STRATÉGIQUE INSULAIRE (7)

 



[1] La forme diminutive de jeito est jeitinho, ce qui lui donne en sus une nuance affective. Littéralement, le mot signifie : tournure, forme, adresse, habilité, mouvement, entorse.

[2] In Carnavais, Malandros e Herois, Ed. Zahar, Rio do Janeiro, 1980.

[3] En anglais, on dirait borderline , en français, cela peut relever du système D mais sans la composante fondamentalement rusée et opportuniste du jeito.

[5] On parle aussi de la capacité du jogo da cintura que l’on pourrait assimiler à jouer des coudes mais avec une certaines grâce et astuce.

 

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07 février 2010

SEDUIRE, UN ART DE LA RELATION (1)

L'art délicat de la séduction_film

 

Préoccupation universellement partagée, la séduction, comme la stratégie, relève d’un art de la relation plus que d’une science de l’exécution, n’en déplaise à Napoléon. 

Elle varie dans ses modalités selon les cultures et les sociétés, et  la créativité n’y connaît souvent d’autres limites que celles que l’on s’impose à soi-même, ou dont on s’affranchit.

Parce que nous sommes incomplets, nous sommes comme génétiquement programmés pour séduire car la vie sous toutes ses manifestations est d’abord une affaire de couples qui se cherchent, se trouvent, se délaissent, dépérissent ou se concurrencent… mais qui, au final, donnent la vie dans un processus sans fin.

Hommes et femmes, entreprises et marchés, manageurs et managés ou enseignants et enseignés… la liste de ces complémentarités nécessaires est longue, sans que pour autant l’adhésion de l’autre soit mécanique et encore moins statique.

Une distinction entre "actifs" et "passifs", totalement abusive, n'en reste qu'à la superficie des choses. L’attirance ne serait-elle que passive ? La séduction ne serait-elle qu’active ? La représentation chinoise du yin et du yang fait de ces deux principes complémentaires des facteurs essentiels de la transformation.

A SUIVRE...


[1] Voir, notamment, Niels Strauss, The Game.

Rédigé à 16:10 dans SEDUCTION | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)

A Lire : Sun Tzu Strategie et seduction, de Pierre Fayard

Le mercredi, février 3 2010, 16:52 - Actualités chaudes - Lien permanent

SUN TZU. SEDUCTION  Sous forme de treize chapitres, Pierre Fayard donne une synthèse sur la stratégie et la séduction en s'inspirant du traité chinois « Sun Tzu ».

Ce traité, qui date du cinquième siècle av. J.-C., est considéré comme le premier traité de stratégie militaire, il était la base de plusieurs ouvrages sur les stratégies de guerre. En concaténant les stratégies citées dans les articles du traité et les techniques Aïkido, Pierre Fayard a mis en évidence les techniques et procédures que les managers peuvent avoir besoin dans le cadre de leur travail, pour tout ce qui est de stratégies d'influence.

Au niveau interne de l'entreprise, pour tout ce qui concerne le coté relationnel. L'auteur expose les techniques de développement de la dynamique et de l'harmonie des groupes, accompagnées des exemples tirés de la société occidentale.

En ce qui concerne l'environnement externe de l'entreprise, entre l'attaque et la victoire, la séduction et la conquête, l'auteur fait appel à l'intelligence pour bien manier les outils de persuasion et de dissuasion du fournisseur et du concurrent. Pour séduire en utilisant la logique du yin et du yang et la négociation empirique. Se positionner sur la marché et rester toujours en forme en saisissant les opportunités et en évitant la violence et les conflits. Profiter de toutes les circonstances pour en dégager les avantages. Être vigilant et au courant de tout mouvement dans le terrain tout en mobilisant l'arsenal nécessaire pour la prospection.

L'auteur propose bel et bien des stratégies dans cet ouvrage, tout en synthétisant les articles du traité chinois. Il représente la philosophie de celui-ci comme l'art de séduire avec économie et élégance aussi bien au profit de l'entreprise que dans la sphère privée. Notamment « un art de la relation plus que d'une science d'exécution », en maintenant les règles du jeu qui sont : sans violence, agir en complémentarité et dépendance, avec la dynamique relationnelle, la liberté de l'esprit, le développement de la concurrence et la surveillance permanente de l'adversaire.

Professeur à l'Université de Poitiers détaché à l'Ambassade de France au Pérou en tant que Conseiller de coopération et d'action culturelle, il est à l'origine de la création du pôle intelligence économique à l'institut de la communication et des technologies numériques. Il enseigne l'aïkido et travaille à l'application de cet art martial japonais au management.

Son blog est http://www.comprendreetappliquersuntzu.com/ .

Par Ouacel Belhaj

http://vigie.icomtec-pro.fr/index.php?post/2010/02/03/A-Lire-:-Sun-Tzu-Stratégie-de-séduction,-de-Pierre-Fayard

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05 février 2010

BRESIL, UN ART SUBTIL DE LA NEGOCIATION


LES CULTURES STRATEGIQUES DE L'IMMEDIAT

L'EXEMPLE DU BRÉSIL ET DU JAPON (5)


Lorsque l’on aborde la culture stratégique du Brésil à travers le prisme de l’approche comparée, on y retrouve des caractéristiques chinoises voire japonaises[1] mais très peu nord-américaines ! Pour Sun Tzu, l’art de la guerre est comme l’eau qui fuit les hauteurs et remplit les creux. Parce qu’elle est revêche au conflit ouvert, la culture stratégique brésilienne s’adapte aux situations et se règle sur le relief des terrains où elle s’applique.

Eviter les hauteurs signifie éluder les obstacles et les oppositions en les subvertissant par des contournements. C’est ainsi que les pionniers conquérants des bandeirantes[2] se sont appropriés un vaste territoire au-delà des limites du Traité de Tordesillas. Puis, rencontrant l’altérité, le gouvernement brésilien a procédé par négociation au nom de l’intérêt bien compris du pays d’avoir des voisins non hostiles.


L'approche comparée aide à mesurer la spécificité des cultures[3]. Comme le Japon, le Brésil est un pays où le tacite l’emporte sur l’explicite  dans la communication. Le non-écrit, le non dit, l’à moitié dit, ce qui est suggéré sans le dire, le supposé comme entendu ou souhaitable de l’être et nombre d’autres procédés d’indifférenciation laissent une grande place à l’interprétation.

Mais, si cela se traduit au Japon sous la forme d’un impératif de compréhension pour le récepteur, au Brésil, il représente plus une marge de manœuvre comme suspendue, en devenir et à sa disposition. Celle-ci embrasse tout un éventail de possibles où aucun scénario n’est supposé être joué à l’avance, à l’inverse du Japon où peu d’ambiguïté demeure dans le sous-entendu car le message existe préalablement et le devoir du récepteur est de le décrypter.

Dans la communication interpersonnelle au Brésil, les interlocuteurs introduisent parfois un acteur extérieur que l’on peut non seulement nommer mais aussi prendre à témoin, contrer, flatter… Ce pseudo acteur à géométrie variable est désigné par a gente, ce qui signifie littéralement les gens c’est à dire autant le locuteur que son interlocuteur que les voisins, les autres, les peut-être et les possibles.

En français, cela pourrait être traduit par "on" mais en portugais brésilien il désigne aussi une sorte d’espace d’interaction des volontés. A gente peut inclure l’opinion des protagonistes ou faire référence à ce qu’il est de coutume de faire et de penser, voire, et c’est le plus souvent le cas, il représente comme un lieu d’élaboration négociée de la décision vers laquelle on évolue en douceur et sans heurter avec la contondance d’expressions comme : je veux, je peux, tu dois, tu as tord, c’est n’importe quoi ce que tu dis là…

L’art des gradations de l’usage de a gente est considérable tout comme les innombrables expressions pour dire peut-être en brésilien que cela soit à travers des formes positives signifiant leur contraire ou l’inverse sans vraiment le signifier… A gente acha…, a gente pensa…, a gente pode…[4] constitue l’exemple d’une rythmique de progression vers quelque chose de possible sur lequel les interlocuteurs vont se retrouver progressivement et  littéralement "entrer en concorde" (concordar).


A l’image d’un long fleuve tranquille qui se constitue par un ensemble de petits ruissellements qui convergent, la décision est lente et ne doit faire perdre la face à personne sans pour autant que cela introduise des renonciations. Les rapports de forces, d’intentions et de positions composent avec tact et subtilité en actualisant le minimum de contraintes explicite en dehors de la nécessité éventuelle d’aboutir à quelque chose.

On mesure toute la distance qui existe entre d’une part cette manière de suggérer ce que l’on pense pour atteindre la décision, et ce qui se pratique aux Etats Unis d’Amérique d’autre part ! S’agit-il d’une forme de nemawashi[5] sous une forme discursive ayant pour objectif de formuler une solution qui agrée les interlocuteurs en évitant l’affirmation de positions tranchées susceptibles de faire perdre la face ou de générer des conflits ouverts ?

On évite ainsi de s’exposer brutalement, d’être  éventuellement désavoué mais aussi de contraindre l’autre de manière explicite et désobligeante. La référence à a gente est aussi une manière de dire quelque chose de désagréable ou de formuler un reproche, voire une hypothèse sans que pareille idée ne paraisse effleurer la conscience particulière de celui qui l’introduit dans le dialogue !

Il va sans dire que nul n’est dupe et que le procédé demeure au niveau tacite. Cette manière de dire avec tact et délicatesse se retrouve aussi dans l’usage alterné de "tu" et de "você[6]" entre deux personnes partageant une certaine intimité pour signifier des nuances de positionnement et de distance au cours d’une même conversation.


La recherche de solutions sans dommage ne signifie pas pour autant renoncer à l’exercice des volontés en vue de la concrétisation d’objectifs particuliers. La diversité des formes d’intermédiations et d’adaptation ne signifie pas que le conflit et l’opposition n’existent pas au Brésil. En revanche, une forme dominante de socialité tend, autant que faire se peut, à l’empêcher en prenant en compte les intérêts de chacun dans leurs contextes pour trouver une sortie à l’amiable.

Cela se traduit dans le développement d’un savoir-faire dans le relationnel convivial qui évite le choc entre les personnes pour que tout se passe bien. Cette caractéristique se retrouve dans la manière avec laquelle ce pays a traité ses voisins.


A SUIVRE : O JEITINHO BRASILEIRO (6)



[1] En dépit de l’opposé de leurs caractères physiques.

[2] Littéralement bandes errantes de pionniers qui pénétraient l’intérieur du pays et le colonisaint au rythme de leurs progressions.

[3] Dans cet ordre d’idées, nous recommandons vivement le livre de Pascal Baudry : Français et Américains. L’autre rive qui souligne toute la différence qui peut exister entre un pays à la culture explicite comme les Etats Unis où la carte égale le territoire et où aucune marge d’ambiguité n’existe entre le sens d’un mot et ce qu’il désigne.

[4] Le verbe achar sert de base pour des formules passe-partout exprimant ce que l’on en pense, ce que l’on en dit, ce qu’on suppose…

[5] Dans la culture japonaise, il s’agit d’un processus progressif de concertation horizontal et peu visible, dont l’objet consiste à prendre en compte toutes les informations et les avis disponibles afin de choisir collectivement la meilleure des solutions une fois l’adhésion de chacun obtenue.

[6] Forme polie de la deuxième personne du singulier mais qui est habituelle au Brésil au même titre que le usted au Mexique l’emporte sur le tu jusquedans les conversations.

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03 février 2010

BRESIL, L'EMPREINTE AFRICAINE


LES CULTURES STRATÉGIQUES DE L'IMMÉDIAT

L'EXEMPLE DU BRÉSIL ET DU JAPON (4)


La culture stratégique brésilienne est comme structurée autour de deux pôles définis l’un par l’autre et qui sont liés aux premières vagues d’immigration en provenance d’outre-mer. Disposant de tous les pouvoirs, les maîtres portugais n’eurent guère besoin de déployer une inventivité stratégique particulière tant les termes de la colonisation les favorisaient par définition. Exiger était suffisant pour que la décision s’impose et s’en suive. Cela créa une tradition de comportements autoritaires faisant fi de l’autre, du dominé, qui ne peut qu’obéir et obtempérer à des injonctions servies par un rapport de force brutal du fait accompli, voire de l’arbitraire.

L’autre catégorie de population, arrachée de sa terre natale, n’était là que pour satisfaire les exigences et les besoins des colons. Disposant d’aucuns pouvoirs, les esclaves noirs se virent objectivement contraints à une créativité, si ce n’est stratégique du moins tactique, qui leur permette l’esquisse d’une marge de manœuvre devant l’omnipotence. Les maîtres portugais prohibaient l’usage des armes, de se battre ou d’apprendre à le faire. De fait, toute tentative allant à l’encontre de cette interdiction devait impérativement s’avérer invisible ou être suffisamment masquée et maquillée. Et c’est ainsi que la capoeira est née.


Après le labeur ou pour célébrer les fêtes autorisées, la musique et la danse n’étaient pas refusées aux esclaves et cela va de servir de couvert à un art martial acrobatique et redoutable sous des dehors d’activité festive innocente. Quoi de plus inoffensif que le chant en groupe, accompagné par les birimbaos[1], pour supporter les évolutions des danseurs au sein d’un cercle ? A la moindre alerte, l’entraînement prend les apparences du ballet.

Le mélange des genres et la confusion volontaire s’appliquent aux mouvements mêmes de la capoeira qui estompe la différence entre offensif et défensif. L’habitude de la situation de dominés s’accompagne de celle d’éviter d’agir à visage découvert et de manifester ouvertement ses intentions au travers d’un comportement explicite. Seul l’expert distingue entre la préparation offensive et la parade au cours d’une rencontre. Seul l’initié sait anticiper sur la direction de la menace ou de l’attaque.

Dans la capoeira, toute posture offensive ou défensive est comme enveloppée l’une dans l’autre sans que l’on puisse aisément faire la part entre elles ou en identifier la naissance et le sens pour en prévoir le devenir. En situation, il est malaisé de décrypter cet art de la fluidité que l’on comprend souvent a posteriori soit une fois que le mouvement se soit actualisé.


A la manière de métis, l’intelligence rusée de la Grèce ancienne[2], la capoeira embrouille l’adversaire dans un manège d’apparences et de diversions qui l’abusent, le déroutent et en final qui le rendent vulnérable. Force zheng et force ji dirait-on en Chine[3], chaque mouvement s’enroule et se déroule dans l’autre, la tête est en bas mais c’est la jambe qui frappe, l’initiative s’annonce à gauche mais l’intention se concrétise à droite…

Ces postures inversées et contradictoires perdent l’observateur et l’adversaire. La non-lisibilité du jeu et l’impossibilité de le figer pour l’analyse contribue à établir un différentiel de sécurité qui fonde la liberté d’action. Rythme, vitesse, imprévisibilité et conduite paradoxale égarent et condamne tout effort pour rendre le mouvement prévisible afin de le contrer. 


Si l’on rapproche l’esprit de la capoeira de celui du jeu emblématique africain des semailles, l’awélé[4], on constate qu’ils répugnent tous deux à l’idée de prise d’initiative ! Cela ne manque de surprendre quand on raisonne stratégie et tactique ! Il est effectivement recommandé de ne pas saisir l’initiative d’emblée au cours d’une partie d’awélé. On s’efforce au contraire d’accumuler un potentiel d’action dans un grenier selon le terme consacré, en vue de le mettre en œuvre lorsque le partenaire se retrouvera en situation de vulnérabilité. Il va sans dire que celle-ci est favorisée et construite tout au long de la partie.

Alors que le jeu d’échec est un jeu de position et celui de go de connexion, c’est la circulation et le rythme qui règnent en maître dans le jeu d’awélé tout comme dans la société de la connaissance et des réseaux. On n’y recherche pas l’avantage de manière directe en imposant ses règles ou une initiative par rapport à laquelle l’autre doit se déterminer mais on joue en relationnel.


Le peuple brésilien est très connu pour sa ginga[5] qui se manifeste aussi bien physiquement dans ses danses, que psychologiquement dans ses attitudes et ses façons de faire face à différentes situations[6]. Ce balancement de la ginga traduit une capacité d’adaptation de ses propres mouvements à ceux de l’autre. En collant étroitement aux positions et aux évolutions adverses, on supprime l’espace et le temps nécessaire à sa prise d’élan pour frapper ou pour développer un projet indépendamment des termes de la relation. En l’absence d’espace pour armer le coup, celui-ci ne peut se concrétiser effectivement !

Dans les arts martiaux japonais, l’exercice dit des baguettes gluantes met aux prises deux adversaires dont les sabres demeurent en contact permanent alors que chacun s’efforce de contourner l’autre sans y parvenir. Dans cette tactique[7] d’étouffement dans l’œuf par l’étreinte permanente[8], l’harmonie devient une arme. Comme dans la pratique de l’aikido, tant que dure l’harmonie il n’y a pas de choc. Cet art relationnel de non-prise d’initiative, de présence constante mais insaisissable car non localisée ni arrêtée, déçoit toute velléité d’action ou de transformation. Il maintient le statu-quo et temporise dans l’attente de circonstances plus favorables.


A SUIVRE : UN ART SUBTIL DE LA NEGOCIATION (5)


[1] Instrument traditionnel du Nordeste brésilien composé d’un manche arqué sur lequel est tendu un fil métalique fin que l’on frappe rythmiquement. Le son est modulé par pression sur la tension, et une calebasse sert la résonnance.

[2] Voir Destiennes et Vernand, bibliographie.

[3] La culture stratégique chinoise distingue entre deux force, l’une dite conventionnelle (zheng) et l’autre merveilleuse et surprenante (ji). L’alternance de leur usage a pour effet d’égarer l’adversaire et de le surprendre. Cf. bibliographie : Comprendre et appliquer Sun Tzu. Sagesse et actualité de la pensée stratégique chinoise.

[4] Jeu qui a toutes sortes de noms selon le lieu de l’Afrique où il se joue. Ses règles peuvent aussi varier sensiblement mais sans pour autant remettre en cause la philosophie de ce jeu en elle-même.

[5] Terme spécifique à la capoeira, désignant le mouvement fondemental d'où partent tous les coups offensifs et défensifs à travers lequel le capoeirista cherche à désorienter l'adversaire

[6] Ana-Cristina Fachinelli, thèse doctorale, Université de Poitiers 2002.

[7] Qui peut aussi se traduire au niveau stratégique, de nombreux exemples politiques existent.

[8] La sentimentalisation des relations, et plus particulièrement des subalternes vis à vis de leurs supérieurs, enchaînent ceux-ci de la même manière.

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02 février 2010

BRESIL, METISSAGE D'EXCEPTIONS ET DE CONTRASTES

 CULTURES STRATEGIQUES DE L'IMMEDIAT

L'EXEMPLE DU BRESIL ET DU JAPON (3)


En observant la constitution du Brésil en tant qu’acteur et dans sa relation à son espace, il se dégage quelques traits de sa culture de la stratégie. Peut-être faut-il entendre les remarques de Zweig ("pays du futur et qui le restera") et de De Gaulle ("pays pas sérieux") à son égard comme le symptôme d’une approche dans des termes venus d’un espace européen est décalée par rapport à la réalité brésilienne vécue.

Dans ce pays d’exceptions, on revendique autant au  niveau individuel que collectif la singularité[1]. Relativement aux grandes routes commerciales sur l’Atlantique Nord, vers l’Extrême Orient ou vers l’Afrique, ce grand pays austral est marginal sur la planète. Le périlleux contournement naval par le Cap Horn puis le percement du Canal de Panama l’ont conforté dans cette position. On peut penser que cette situation contribua à la relative tranquillité d’une colonisation portugaise contestée de manière limitée à ses débuts par les Hollandais et les Français dans le nord du pays, et pour ces derniers à Rio de Janeiro[2].

Alors que la colonisation espagnole fonde des villes solides où se concentrent les pouvoirs politiques, militaires, religieux et de la connaissance avec la création d’universités, et d’où les territoires sont dominés, la colonisation portugaise a envahit l’espace en fonction de ce dont il était porteur. Lorsque la lointaine métropole portugaise ne fit plus le poids par rapport à son immense colonie, les Brésiliens eux-mêmes repoussèrent puis assurèrent leurs frontières terrestres.

Alors qu’à l’issue de quelques siècles d’occupation, l’Amérique espagnole explose en guerres d’indépendance, sécessions et révolutions violentes, l’immense et diversifié Brésil conquiert pacifiquement son indépendance en 1822, proclamée par un empereur issu de la dynastie régnante au Portugal. Tout au long de son histoire, les conflits intérieurs à fondement géographique demeurent limités et sporadiques dans leur expression, sans jamais remettre en cause sérieusement l’unité de l’édifice fédéral impérial puis républicain à partir de 1889.


Très tôt, le bassin démographique de la métropole coloniale européenne s’avère insuffisant pour peupler ce grand ensemble en situation de conquête territoriale douce. Après s’être mélangé aux Indiens, les colons importent des esclaves du continent africain. Au dix-neuvième siècle, pour "blanchir la race"[3], le pays s’ouvre largement à une immigration européenne et au-delà. Allemands, Italiens, Polonais, Slaves, Arabes… s’ajoutent aux peuplements d’origine ibérique, sans oublier les Japonais dont plus d’un million de descendants se concentre dans l’Etat de Sao Paulo, capitale économique du pays et première agglomération urbaine au monde par la taille.

Il en résulte une dynamique de métissage délibérée moyennant des spécificités particulières réparties du 35e parallèle sud à 5e degrés nord de l’Equateur[4] et sur près de trois méridiens d’est en ouest[5]. Malgré toutes ces facettes : indienne, portugaise, africaine, européenne et asiatique, le Brésil reste un pays d’une originalité sans équivalent, d’une très grande tolérance à la différence et où le fondamentalisme apparaitrait comme une bizarrerie peu compréhensible, le métissage faisant partie de l’identité brésilienne.


Historiquement des vagues d’un mal-développement endémique se sont succédées à travers des mono-productions exclusives sans qu’un souci de capitalisation et d’investissement n’assure les fondements d’une croissance durable. Le temps de la canne à sucre fait la prospérité de Recife dans le Nordeste. Les grandes heures de l’hévéa consacrent la richesse des Etats amazoniens jusqu’à ce que les Anglais fassent sortir en fraude des graines pour exploiter rationnellement le caoutchouc en Malaisie. Puis, vient le temps des minerais dans les Etats de Minas Gerais et de Rio do Janeiro. Une production chasse l’autre, on épuise un filon, on l’oublie et puis on se déplace car le pays est vaste.

Pour rendre compte de cette fâcheuse habitude, les élites brésiliennes ont forgé le concept d’immédiatisme, comportement centré seulement sur le profit présent et qui fait fi de planification et de projection vers le futur. La richesse naturelle du Brésil fait que l’on peut y prendre, voire y perdre son temps. Le pays qui lui est le plus opposé en termes de caractères physiques est le Japon sans espaces ni ressources naturelles. En revanche, c’est dans son exploitation du temps et l’intensité de ses rythmes, que l’archipel nippon se procure la liberté d’action dont les dimensions de son espace le privent.


L’ouverture du Brésil à ses voisins continentaux est relativement récente. Lusophone dans un environnement hispanophone, son commerce maritime initialement aux mains de la couronne portugaise a tôt fait de passer sous tutelle britannique avant même l’indépendance de 1822, pour subir ensuite l’hégémonie croissante du grand voisin du nord.

Tout au long de ses cinq siècles d’existence, le pays n’a jamais dominé ses relations avec l’outre-mer. Richesse naturelle, mal développement et immédiatisme se sont conjugués pour perpétrer cette absence d’emprise sur les interactions avec le monde du dehors. Cause ou effet intérieur, il en découla une certaine incapacité à se définir et à conduire une politique économique fondée sur la défense de ses intérêts propres.

En réaction à un contexte sur lequel il n'a que peu de prise et d'impact, le Brésil a souvent répondu par les "armes" de l'inflation, de la dévaluation, du changement de monnaie ou du protectionnisme. Dans un milieu changeant, dont on ne maîtrise pas les conditions parce qu'elles relèvent de décisions d'acteurs extérieurs, l'intuition, la réactivité, la souplesse et l'astuce se révèlent parfois plus utiles que la planification.

 

A SUIVRE : BRESIL, L'EMPREINTE AFRICAINE (4)



[1] Muito especial (très spécial), cette expression très forte au Brésil est positive et valorisante. Elle se traduit aussi dans le fait qu’on aime à se condidérer comme une personne singulière plutôt que sous la forme impersonnelle d’un individu. On accepte mal d’être rangé dans une classification banale.

[2] L’éphémère France Australe n’a pas fait l’objet d’un investissement continu de la part d’une royauté terrienne française même si pour Richelieu, la mer était la porte d’entrée à tous les pays…

[3] Telle était l’intention explicitement formulée par cette politique.

[4] Distance similaire : de la France au Sénéral.

[5] Dstance similaire : des frontières orientales du Sénégal aux sources du Nil au Soudan.

Rédigé à 21:23 dans CULTURES STRATEGIQUES | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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    Le numéro 26-27 de la revue Agir, intitulé « Equations chinoises » est spécifiquement consacré à la Chine. Sa sortie en librairie est prévue pour mai 2006. Voici un extrait du sommaire de ce numéro : 1. La modernisation de la Chine et le monde 2. Point de vue sur la Chine contemporaine 3. Qu'est-ce que le dirigisme asiatique ? 4. La Chine dans le monde 5. L'évolution de la diplomatie chinoise 6. Les relations régionales
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