Qui excelle à vaincre l'ennemi, ne l'affronte jamais.
Qui excelle à employer autrui, se met plus bas que lui.
Lao Tseu
Le séducteur a tout avantage à ne pas se considérer comme séparé de sa "cible", celle-ci étant considérée exclusivement réceptive, et lui supposé seul actif. Comme les qualités du yin et du yang se donnent mutuellement naissance, la faiblesse, l’hésitation, l’incertitude et jusqu’au doute peuvent se transformer en éléments favorables, ou d’appel à la résolution ou à la conviction du partenaire s’ils interviennent à propos.
Sun Tzu préconise de penser en changement plutôt qu’en rapports fixes de propriétés immuables. Il conseille d’offrir un bénéfice facile à un ennemi cupide, une occasion sans effort au paresseux, de flatter ou de défier le courageux… pour les manipuler sans qu’ils en soient conscients. La plus grande des économies revient à faire en sorte que l’autre se séduise lui-même à travers le miroir ou l’écho qu’on lui présente. Il saura suggérer les meilleures voies, et les formules les plus adaptées qu’il suffira de cultiver et faire fructifier ensuite.
L’empathie favorise l’expression des inclinations, des penchants et des besoins, il est un dicton chinois qui recommande de parler non tant pour dire quelque chose que pour inciter l’autre à le faire. En se réglant sur ses espoirs et ses dispositions déclarés ou cachés, son potentiel d’action et son sens de la décision sont pris à leur propre piège. L’usage des arguments de qui l’on veut séduire est une astuce redoutable, qui l’implique dans l’opération, plutôt que de le considérer comme une cible étrangère et lointaine à l’assaut de laquelle on doive se lancer de ses seules forces !
En stratégie, le principe de l’économie des moyens consiste à en optimiser l’usage en les faisant concourir de manière dynamique aux buts poursuivis par le biais d’une excellence dans les communications qui, ″largement entendues, sont l’élément le plus important de la stratégie″[1]. Napoléon Bonaparte estimait une armée réunie lorsqu’elle forme un ensemble dont les parties, coordonnées entre elles, sont capables de se concentrer malgré l’ennemi, ce qui suppose de ″toujours veiller à la coopération de toutes les forces″ afin ″qu’aucune fraction ne reste inactive″[2].
Pour illustrer ce principe, le Maréchal Ferdinand Foch donnait en exemple le perroquet dont les progressions alternent deux à deux les points d’appui que constituent ses pattes et son bec. ″Il recouvre l’art de peser successivement sur les résistances que l’on rencontre du poids de toutes ses forces et pour ce faire les monter en système (…) Affecter le gros de ses forces au but principal (…) et le faire communiquer avec les accessoires″. A cette représentation occidentale du conflit, la Chine en oppose une sans l’impératif absolu d’une ligne de front, soit où tout peut contribuer aux finalités d’un stratège habile et rusé.
ALLER PLUS LOIN
SUN TZU. STRATEGIE & SEDUCTION
Chapitre 2, Manoeuvrer par le déséquilibre.





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