L’art de la guerre est en définitive celui de garder sa liberté d’action[1]
Rechercher la voie de l’avantage en toutes choses[2]
La liberté d’action est à la fois un principe directeur et un objectif intermédiaire de la stratégie. Elle est une mesure d’indépendance du jeu du stratège et la condition de son action dans la sécurité pour un temps et/ou une situation donnée. Pour André Beauffre, la lutte des volontés se ramène donc à une lutte pour la liberté d’action, chacun cherchant à la conserver et à en priver l’adversaire[3]. Pour Ferdinand Foch, elle mesure le degré d’indépendance, de conduite et de choix d’un acteur par rapport aux niveaux de contraintes et de pression de son environnement dans une situation donnée et par rapport aux autres protagonistes. Pour Raoul Castex[4], elle représente la possibilité d’agir comme on veut, à son aise et malgré l’ennemi.
Plus un acteur dispose d’une somme élevée d’alternatives et peut se déterminer souverainement, plus sa liberté d’action est grande et vis versa. Qu’elle se joue dans le cadre d’un jeu à somme nulle en cas de conflit ou d’un jeu à somme variable en cas de coopération ou de négociation, la liberté d’action est relative. Elle repose sur l’intelligence des situations dont l’ingrédient naturel est l’information. Pour Sun Tzu, la double connaissance de soi et des autres assure la réussite de la stratégie car on sait dès lors quand, où et comment s’engager ou ne pas s’engager. La conquête de la liberté d’action dans la sécurité est d’autant plus à portée de main que l’information permet de rendre prévisible l’évolution des circonstances et le comportement de l’adversité ou de la concurrence.
Dans une compétition, la liberté d’action s’acquiert positivement à travers l’information et négativement en en interdisant l’accès ou au moyen de désinformation, intoxication... Plonger l’adversité dans l’incertitude quant aux options du stratège, l’empêcher de voir et de tirer profit d’observations voire saturer ses perceptions, l’épuise et l’oblige à se tenir prêt de partout et à n’être fort nulle part. L’information pour soi et sa privation pour l’autre représente une condition nécessaire à la liberté d’action sans pour autant être déterminante. Il arrive qu’une simple erreur tactique locale puisse être fatale en dépit d’un déséquilibre stratégique global nettement favorable[5]. Un échec et mat subit est parfois la sanction d’une vigilance endormie par une domination trop évidente. On ne saurait oublier l’objectif concret de la décision et/ou du changement qualitatif. Tout comme la stratégie, l’information ne représente pas une fin en soi, il en va de même pour la liberté d’action, par définition temporaire.
D’après La maîtrise de l’interaction.
[1] XENOPHON, L’Anabase, Belles Lettres, Paris 2000.
[2] MUSASHI Miyamoto, Ecrits sur les cinq roues, Maisonneuve & Larose, Paris 1985.
[3] BEAUFFRE André, Introduction à la stratégie. IFRI Economica, Paris 1985.
[4] CASTEX Raoul, Théories stratégiques, tome II, Economica, Paris 1996.
[5] En cela que le jeu de go diffère du jeu d’échec où une erreur tactique peut être fatale.




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